Dimanche, on tourne... les pages 14 (14)

Publié le par Monique MERABET

Dimanche, on tourne... les pages 14 (14)

FIN DE PAGE

 

 

 

Le vent cabriole

entre immeubles et stratus

ciel immobile

 

oh ! Que pourrait-il bien naître

des nuages en chou-fleur ?

 

Un gros paquet cotonneux de nuages, coincé dans cette bande d’horizon vers l’est. Ils attendent, ils regardent le vent s’agiter. L’alizé fou de ce matin… qu’est-ce qui lui prend à jouer l’hurluberlu hurlant, sifflant dans les branches de tout ce qui pousse sur son passage. Crac ! Je vois se plier la cime du pié mourong d’en face qui disparaît à ma vue. Y aura des brèdes ce soir, dit le voisin à la voisine.

Bruit du sabre qu’on aiguise. Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

 

Le chat déguste

un babouk écrasé

dimanche pourtant

 

Une pauvre araignée, que j’ai écrasée par inadvertance et qui sert de petit déjeuner au chat. Je me sens coupable, ou tout au moins complice d’une mauvaise action. Complice ? Comment ça, complice ?Ah ! La vérité se trouve toujours au bout des mots qu’on jette sur le papier. Complice, oui. Car je ne l’ai pas écrasée par inadvertance l’araignée : j’ai aidé la petite chasseresse en lui « rabattant » la proie qu’elle tentait d’extirper de sous le tabouret. Je l’ai écrasée délibérément ; à ma décharge je dirai bien que j’avais pris la bestiole pour un cancrelat mais qui me croira encore… Menteuse en écriture, me voilà cataloguée.

On ne se méfie jamais assez de ces mots qui arrivent sans crier gare et clament au monde entier votre vilenie… Dur ! Dur ! d’être écrivain !

Là, èmegé* se tord les phalanges de rire et de désespoir mêlés :

« Écrivain ? Tu ne seras jamais écrivaine ma fille ! Jamais ! Et pas à cause de ce mensonge véniel, cette distorsion de la réalité que pratique tout écrivain digne de ce nom. Ton « mensonge » littéraire serait plutôt un bon point Mais tu imagines un peu, un docte comité de lecture se penchant sur les états d’âme d’une écraseuse d’araignée ou de cafard ? Tu imagines l’effarement du « commercial » (le livre est un objet marchand, ne l’oublie pas) devant ce truc invendable… Et sa commission, alors !

Un livre a un degré d’obsolescence de quelques mois, pas plus. Pas même une seconde si ça parle d’araignée et de chat, de mimite et de babouk… une nano seconde si tu te crois maligne avec tes mots créolisés, des trucs qui ne veulent rien dire pour le lectorat d’élite que vise la non moins élitiste Maison d’édition… Là ; j’ai bien envie de te planter là pour aller semer des coquelicots. »

Pendant ce temps,  l’homme au sabre à canne finit d’ébrancher le pauvre arbre écimé. Plus un oiseau, plus une araignée ne viendront s’y réfugier. Plus un chat ne se plantera devant pour regarder.

Fin de la page.

 

(Monique MERABET, 4 Mai 2014)

 

*èmegé : MG, main gauche, celle qui est censée jauger, juger, élaguer, corriger nos écrits. C’est ce que j’ai appris à l’Atelier d’écriture suivi l’année dernière.

Pour en revenir aux livres sérieux, les vrais, ceux qui sont publiés par des maisons d'édition sérieuses, je vien d'en lire deux excellents. Je vous en parlerai dans une prochaine chronique...

En attendant, allez donc découvrir cette belle chronique sur un livre qui parle de haïkus... et de chat!

http://haikuduvidetdelaplenitude.blogspot.fr/2014/05/haiku-du-chat.html#links

 

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D
Le chat ici aussi ! Je ne sais pas si les maisons d'édition méprisent les araignées et les cancrelats écrabouillés. .. J'ai bien ri en te lisant, en tout cas ! Tu fais vraiment plume de tous les petits instants et c'est merveilleux.<br /> Merci beaucoup de mentionner mon haïkuchat.
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M
Je ne me prends pas du tout au sérieux en tant qu'écrivain... les maisons d'édition non plus, d'ailleurs...