Dimanche, on tourne... les pages 14 (18)

Publié le par Monique MERABET

Dimanche, on tourne... les pages 14 (18)

CES LIVRES QU’ON RELIT

 

 

 

Ces livres que je relis.

Parce qu’ils m’ont marquée d’une émotion particulière…

Parce qu’ils correspondent si bien à ce que j’aimerais écrire…

Parce qu’ils ont été écrits pour moi, c’est évident…

Parce que.

Je citerai en premier lieu « Jane Eyre » (Charlotte Brönte) qui me fascine à chaque fois par la tristesse de cette vie de l’orpheline maltraitée et par le romantisme de cette histoire d’amour triomphant des adversités. « Jane Eyre », roman-phare, roman-culte d’une adolescence.

Et puis, la petite fille qui lit, qui lit, qui lit… et que je redécouvre avec plaisir dans « Mathilda » (Roald Dahl) : un personnage auquel s’identifie volontiers la petite fille que j’étais, que je suis.

« La fortune de Gaspard »… chacun d’entre nous a son ouvrage de la Comtesse de prédilection. Moi, c’est ce Gaspard, héros que l’amour peut changer.

L’amour toujours, dans ce chef-d’œuvre de Mika Waltari, « Les amants de Byzance » évoluant dans le chaos d’une civilisation finissante.

Je n’oublie pas la trilogie de Pagnol : Marius, Fanny, César dont ma sœur et moi pouvions réciter des passages entiers à force de les avoir relus.

D’autres encore comme « Jean-Christophe » de Romain Rolland mais je m’arrête au premier tome, le seul vraiment bouleversant.

Á mesure que s’écoulent mes années, je me rends compte que mes relectures se font plus rares – tant d’ouvrages naissent, aiguisant ma curiosité -  et la collection des Zola ne sert que de déco à mon étagère. Tant pis.

 

Il faut mentionner aussi ces recueils poétiques souvent consultés : les haïkus, anciens ou modernes me fournissant en exemples pour un atelier ou une animation poétique. Et dans le même ordre d’idée, les contes, à proposer aux rencontres avec les écoliers…

Et puis, ce recueil de poésie moderne (oh ! Combien !) dont je ne citerai ni le titre, ni le nom de l’auteur tant l’usage que j’en fais peut sembler insolite, voire iconoclaste.

Cet ouvrage, que j’imagine être écrit par un philosophe m’a été offert par un prof de philo/éditeur lors d’un salon du livre. Je l’ai ouvert par curiosité… et refermé en me disant que ce genre de poésie intellectualisée n’était pas pour moi, qu’elle se situait aux antipodes des haïkus, de la poésie du ressenti que je pratique et qui s’énoncent et se partagent si simplement.

Rien à tirer de ces casse-tête hautement sophistiqués, de ces glissements de sens fouaillant les strates les plus enfouies de notre cerveau, de ces bouts de phrase que j’ai beau mâcher et remâcher et qui restent pour moi lettres mortes, non décodées.

Mais j’arrête là ce qui pourrait sembler critique négative. Je respecte le travail de cet auteur, je ressens la profondeur de sa recherche, même si leur objectif ne m’atteint pas.

Et pourtant, je le lis régulièrement cet opuscule ; il est sur mon bureau, à portée de ma main. Je l’ai feuilleté si souvent que, finalement, j’ai dû en parcourir toutes les lignes. Et, que l’on se rassure, je ne suis guidée par aucune motivation masochiste à vouloir m’abreuver de mots qui me restent étrangers, relecture après relecture.

J’allais écrire « qui me restent hermétiques » mais cette écriture ne m’est fermée qu’en apparence. Elle atteint mon inconscient ; elle me parle à l’insu de ma conscience.

Lorsque je peine à terminer un tanka sur une réflexion appropriée au tercet déjà écrit, je note le mot-clé qui sous-tend mon texte, je recherche dans le petit recueil (Chut !) ce qui se rapporte à ce mot et… le miracle s’opère. De ma lecture erratique, jaillit une pensée qui m’est personnelle, qui est souvent très éloignée de la phrase que je viens de lire et qui colle à mon écrit, pour ma plus grande satisfaction.

Je m’explique mal (à vrai dire, je ne m’explique pas du tout) le processus littéraire ainsi enclenché, cet effet de boomerang déformant. Lire sans rien percer du caractère sibyllin des mots de l’autre et puis, écrire ce qui vient du plus intime de moi-même.

Qu’il demeure donc anonyme cet écrivain qui ignorera toujours que ses pensées à haute teneur philosophique ont abouti à quelque tanka ou renku d’une petite poète sans prétention. Et qu’il soit remercié pour son rôle de catalyseur de mon inspiration.

 

(Monique MERABET, 8 Juin 2014)

 

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