La mer qu'on voit danser (3)

Publié le par Monique MERABET

La mer qu'on voit danser (3)

LA PETITE FILLE QUI VOULAIT BOIRE LA MER

 

La petite fille qui voulait boire la mer était triste.

La mer était trop vaste, trop infinie,

pour son appétit d’oiseau à peine envolé du nid.

Et la petite fille pleurait.

Elle voulait posséder toutes les richesses de la mer,

tous ses palais de corail

et ses étoiles mystérieusement détachées du firmament,

et ses poissons arc-en-ciel qui papillonnent

parmi d’étranges fleurs enrubannées,

et même les effrayants abysses

et les monstrueuses bêtes qu’ils abritent,

et aussi les baleines qui chantent de mélodieuses

berceuses pour baleineaux…

Elle voulait tout posséder et tout savoir,

et elle pleurait.

 

La pluie, doucement, se mit à tomber.

Les gouttes d’eau se firent câlines pour consoler leurs sœurs les larmes ;

elles leur contèrent la cantilène

des gouttelettes pélerines

qui rapportent à la mer leurs voyages enchantés

et les paysages entrevus

quand elles étaient nuages et qu’elles voguaient

sous toutes sortes de cieux.

Et leur parole se dilue,

et leur parole s’insinue

jusqu’au cœur des atomes d’eau salée,

et leur mémoire se confond

à la mémoire de l’océan.

 

La mer est un merveilleux livre d’histoires ;

clapotis chatouillant les pieds,

ses vagues viennent confier

d’exaltants secrets

à ceux qui savent s’asseoir sur le sable et les écouter.

 

La petite fille sécha ses larmes et s’assit sur la plage ;

elle laissa ses pieds danser au rythme caressant des vagues

et elle sut tout ce que la mer pouvait raconter.

Et, c’est comme si elle devenait à son tour dépositaire

de tous les trésors de l’eau sacrée.

Commenter cet article

Mariposa 09/07/2014 15:34

C'est beau ! Tu as une plume océane !

Monique 09/07/2014 18:48

Merci Patricia. Quel beau compliment. J'espère que la suite te plaira aussi.