Les girafes

Publié le par Monique MERABET

Les girafes

LES GIRAFES DE MON JARDIN

Dans les hautes herbes

troupeau de girafes naines

les avez-vous vues ?

remplir mon jardin de rêves

et les regarder grandir

Ma tâche de ce dimanche : rabattre les longues tiges des kassias qui empiètent sur les cordes à linge. Les tailler à ras, les transformer en bonsaïs pour les girafes naines qui peuplent mon jardin devenu savane verte après chaque saison des pluies.

Les girafes naines. Les avez-vous déjà vu hisser leurs cols gracieux au-dessus des étoiles des graminées ? Les avez-vous vu poser leur tendre regard sur les fleurs à naître du cotonnier ? Avez-vous admiré leurs longs cils qui vibrent dans la brise d’Avril ?

Et l’archipel de leurs taches brunes, un peu oranges quand elles croisent un rayon de soleil ou de lune : tout un portulan qui permet de voyager là-bas, aux confins des mondes connus, vavangaj au fin fond d’un si petit jardin, portes ouvertes vers un ailleurs au-delà du temps. Et en même temps, cet écho qui baguenaude dans ma mémoire, contrées antiques où j’ai vécu… où j’ai vécu ?

Les avez-vous vues les girafes naines ? Sans doute pas. Sans doute me direz-vous (en vous tapotant le front, allez-y, ne vous en privez pas, je ne vous vois pas) que des girafes naines, ça N’EXIXTE PAS. Ah ! ce « n’existe pas » tranchant, définitif, qu’adoptent les briseurs de rêves, les enfants déçus aussi.

Á l’aune des plates réalités, n’existe pas : ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui est Dieu, ce qui est amour et paix.

N’existent pas ces étoiles qui s’accrochent à rien, on ne sait pas comment ni pour combien de temps. L’attraction universelle, ouais ; ouais ! Mais qui peut me garantir que ça marchera encore demain ? Qui sait si les astres du soir qui auront disparu matin, reviendront à la prochaine nuit ?

Alors, elles n’existent pas…? Il n’y a qu’à les imaginer, les girafes de mon jardin que le chat noir et blanc vient voir en secret.

Et les girafes géantes ? Tiens ! je n’ai pas vu la lune, ni d’hier, ni d’aujourd’hui. Elles l’ont peut-être bouffée ?

Fermant les volets

je m’étonne toujours

des étoiles…

(Monique MERABET, 11 Avril 2015)

Publié dans haïbun 15

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