Le haïku de Monsieur Jourdain

Publié le par Monique MERABET

Le haïku de Monsieur Jourdain

LE HAÏKU DE MONSIEUR JOURDAIN

Panache de nuage. La tête trop grosse d’un lutin gringalet de Là-haut ? Un signal de fumée pour me signifier que… ? Je n’ai pas le temps d’aller au bout de mon investigation. Le cri inquiet de l’oiseau me rappelle que je n’ai pas encore versé mon obole de riz du jour.

Que ta volonté soit faite, moineau ! Pendant ce temps-là, le nuage a disparu. Nuage à grande vitesse ! Il suffit parfois que je pose mes yeux sur le cahier pour noter un aspect, une teinte (un peu jaunâtre ce matin) et, Pfutt… évaporé mon beau nuage vaporeux !

Mes pensées aussi s’envolent avant que j’aie le loisir de les poser, mot à mot sur le papier. Au bout de la phrase si élégamment élaborée, Pfutt…. Ne restent que ces mots banals, ces mots qui ne veulent plus rien dire, qui ont oublié l’instant qui les a générés.

Un haïku perdu, noyé, emberlificoté dans trois lignes embarrassées. Ou bien, tercet en rade, incapables de se faufiler à travers l’embouteillage des idées bousculées, dévoyées de leur chemin de paix.

………………………………………. Caillou sur ma page

bruit de la débroussailleuse bruit de la débroussailleuse

Caillou sur ma page …………………………..

Et c’est la troisième ligne qui fait défaut… ou la première.

Haïku tronqué ?

J’imagine le Maître de philosophie apprenant le noble art du haïku à Monsieur Jourdain. Ce serait amusant de parodier la scène…

« Belle Marquise vos beaux yeux me font mourir d’amour » Hum !

D’abord, supprimer « beaux », « belle ».

Et ce « mourir d’amour », c’est un sentiment, une façon de conclure en fermant le tercet…Trouver un ressenti concret pour l’exprimer et vérifier par la même occasion la sincérité de l’amour exprimé. Décrire les mouvements de son cœur qui bondit ? hoquette ? bate dann son do ? s’affole ? pérdlèr ?

Marquise

Vos yeux… et mon cœur

Bat trop vite

Et sa version créole :

Mi pérdlèr

Ah ! Out zië, Marquise

Ouay mon kër !

C’est un haïku minimaliste en plus : 3-5-3. Il peut aussi servir de sirandane pour un jeu de « Kèl liv i lé ? » (De quelle œuvre littéraire s’agit-il ?)

(Monique MERABET, 26 Mai 2015)

Publié dans Coins d'écriture

Commenter cet article

blandine 02/06/2015 11:45

Merveilleux texte ! Merci Monique pour ce Molière revisité

Monique MERABET 02/06/2015 14:16

C'est toujours super de "marier" ce que l'on aime: Molière et le haïku