L'âme des fleurs

Publié le par Monique MERABET

L'âme des fleurs

L’ÂME DES FLEURS

La semaine qui a vu fleurir les belles de lune, reines de la nuit (epyphillum oxypetalum) est une semaine accomplie, réussie. Même si j’ai oublié de les regarder… une fois. Une fois seulement.

Les fleurs ne sont pas responsables de nos peines, de nos soucis. Elles ne sont que nos bonheurs à jamais acquis, nos dimanches triomphants.

Elles sont notre perfection, l’image du monde d’harmonie qui nous fut donné. Se perdre dans la symétrie ineffable de leurs pentagones, hexagones, dans leurs rosaces d’infinie blancheur, dans leurs mandalas polychromes. Nombre d’or, nombre Pi, fractales… infini.

Elles sont notre sagesse aussi. Naître et mourir. Vivre si peu de temps, si longtemps. Et ces inflorescences (buis de Chine, orchidée) qui reviennent fidèlement, marquant chaque orage, chaque perturbation atmosphérique. Plantes baromètres qui portent en elles le rythme des saisons, comme nous portons en nous cette horloge à l’heure de la Terre. Et la source du temps, notre quatrième dimension.

L’orage éclaté tangaj la pété

tant de fleurs tombées flër an poundiak pou tonbé

tant de fleurs à naître flër an poundiak pou énète

(in Cent haïkus pour la paix, Éditions Liroli)

Hymne aux corolles, chant sacré des pétales, qu’ils s’ouvrent ou qu’ils se referment, aux crépuscules du soir ou du matin. Belles de nuit, belles de jour.

Il perpétue, au-delà des disparitions, des absences, l’âme de ce qui vit. Il nous apporte paix intérieure, sérénité.

Une fleur

respectée

le chant des abeilles

Les fleurs sont les vitraux des jardins-cathédrales, leur lumière, menant la pensée vers un éden éternellement retrouvé. Les fleurs sont nos regards tournés vers l’essentiel. Satori.

Silence des fleurs qui nous apaise, nous apportant l’impression d’existences lisses, indolores. Fleur épanouie au soleil de Février (le plus chaud de nos statistiques) ne ressens-tu pas comme moi la brûlure du soleil ardent ?

Fleur tombant, ballottée par le vent, ne connais-tu pas l’appréhension de la chute, la crainte du vide, la frayeur de comprendre soudain que tu ne remonteras pas à la tige ?

Sous les mandibules

la feuille transpercée

souffre-t-elle ?

(Monique Merabet, 6 Mars 2016)

Publié dans Fleurs de dimanche

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