Le goût d'écrire

Publié le par Monique MERABET

Le goût d'écrire

LE GOÛT D’ÉCRIRE

Face au ciel bleu

oisillons merles Maurice

ligne d’écriture

Retrouver le goût d’écrire, c’est retrouver cette impression d’outre réalité. Partir d’une fleur, d’une feuille, d’un nuage, d’un oiseau et se laisser dériver au fil du temps, de la mémoire, se recomposer un paysage intérieur.

C’est aussi poursuivre le voyage intime à la recherche du Bon en soi. Dieu, si on veut le conceptualiser ainsi. Jouir pleinement de ses sens intacts.

C’est ne pas me refuser la joie d’un possible haïbun. Le texte court n’est pas le parent pauvre de l’écriture. Au contraire, il la transfigure, la cristallise en joyau d’essentiel. Le haïbun est voix de l’intérieur, de la face cachée des choses. Il est narration aussi, une histoire qui s’écrit comme le haïku en polyphonie avec l’auteur et les lecteurs ; un récit multiforme, des vécus entremêlés.

Ainsi ce chant d’absence et de souvenance toujours recommencé de Christian Bobin dans Clairenoire. Sur ce bout de chemin fait avec l’être cher disparu, il se livre à un ensemencement de printemps, à la quête des sourires et des gestes qui habillent chaque brin d’herbe rencontré. Touches de clarté ou de nuit, s’accrochant à un objet, à la tasse fleurie, tout ce qui lui reste d’elle.

J’ai choisi d’utiliser pour mon café du matin (celui qui accompagne mon moment d’écriture), une tasse prélevée au service offert à Noël. Il me semble que le breuvage est plus savoureux, ainsi enveloppé d’un jardin de fine porcelaine, qu’il m’inspire de plus douces pensées. Le jour où mes mains maladroites la laisseront choir, j’en choisirai une deuxième… À quoi bon conserver ses cadeaux dans un absurde capharnaüm de collectionneur ou d’antiquaire suranné.

Tiens ! Cela me fait penser et sourire à la collection de serpillères de Junior, chien aimé et disparu. J’avais écrit un poème là-dessus. En faire un haïbun ?

Retour à cette forme littéraire. On peut tout mettre dans un haïbun, à condition de demeurer dans le ressenti. À cause des haïkus dont il faut respecter l’esprit. Narrer une expérience, un souvenir plus ou moins déformé par la mémoire. Écrire vrai mais ne pas hésiter à mêler les éléments lieu et temps et personnages. Le haïbun n’est pas confession, déballage de pathos, fait divers, notes autobiographiques… Il s’accommode volontiers de sauts de pensée, pas de côté ; il s’ancre avec aisance dans le rêve ou l’imagination.

Le haïbun est voyage transcendé, au-delà du miroir des habitudes.

(Monique Mérabet, 7 Mars 2016)

Publié dans écrire en coins

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