Chant d'hiver

Publié le par Monique MERABET

Chant d'hiver

CHANT D’HIVER

« Et bonne journée ! »

pas crissant sur le gravier

frimas de brume

à mon visage ridé

comme un soupçon d’espérance

La débroussailleuse fouaille les gravillons de la ruelle ; je fulmine contre ces travaux d’hiver, bien inutiles.

Ah ! Mais, c’est qu’ils ont un planning, ma p’tite dame ! Le 23 Juin, c’est marqué fauchage rue d’Après. De 8h à 10h, pause goûter comprise. Même s’il n’a pas plu depuis deux mois, si l’herbe ne pousse pas. C’est pas notre faute. Plaignez-vous à la météo. De toute façon, c’est compris dans les taxes que vous payez pour avoir l’honneur d’habiter Saint-Denis. Bruits et odeurs en sus.

Nous vivons calibrés, programmés. Il paraît que l’Union Européenne a imposé la longueur des bananes, le fruit et le pédoncule aussi… J’ai rêvé l’autre nuit à cette touffe de bananiers qui renaissait en mon jardin, résurgence d’une ancienne souche… inn touf pié dfig !

J’ai entendu aussi qu’on avait interdit les pesticides nicotiniques, ceux qui tuent les abeilles. Se réjouir ? Non pas encore… c’est repoussé à 2017 avec dérogations possibles jusqu’en 2020. Dire qu’ils seront foule à demander ces fameuses exceptions, ces espécificités comme on dit à la Réunion), qui permettent à des producteurs de tel ou tel fruit, d’échapper à la règle. Agriculture contribuant à la mort annoncée de la Terre…

Se rendent-ils compte qu’ils le rendent infécond, le sol auquel ils se disent tant attachés ? Monsantoïsé ! Dernièrement, j’ai frémi à ces propos d’un animateur répondant à un auditeur qui s’inquiétait (s’angoissait) de la disparition des abeilles : « Mais on n’aura plus de fruits si la pollinisation n’est plus assurée… ». Et la béate indifférence du Bobby de service : « Vous ne croyez pas que Monsanto pourra produire des graines qui donneront des fruitiers auto-pollinisés ? »

Ce matin, sonne vraiment l’hiver. « L’hiver vient », répètent les personnages d’une série en vogue. Oui, l’hiver vient. L’Hiver se mijote dans les actes irresponsables. N’ont-ils pas d’enfants ? Ont-ils jamais pris le temps de s’émerveiller de la diversité des espèces ?

Mon pauvre petit jardin, de plus en plus esseulé dans la grande ville.

Oh winter time, cold winter time !

Have we no song to praise you ?

Deux vers de « Mon beau sapin », la version en anglais, chantée naguère à la chorale.

Dans son pot, mon araucaria (faisant office d’arbre de Noël en nos chaudes contrées) penche dangereusement.

Matin de Noël

en haut de l’araucaria

un cardinal

(23 Juin 2016)

Publié dans chroniques d'hiver

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