Le kireji de l'escalier

Publié le par Monique MERABET

Le kireji de l'escalier

LE KIREJI DE L’ESCALIER

De la nuit au jour

seize marches à compter

du jour à la nuit

Mon escalier compte seize marches : pas de quoi faire un haïku. Le nombre 16 est trop multiple, il a cinq diviseurs. Loin des nombres premiers chers aux haïkistes oulipiens.

Mon rez-de-chaussée est trop bas de plafond, peut-être. Ah ! Si j’avais été là… Allez, Monsieur l’architecte, soyez sympa ! Quelques centimètres de plus et vous ferez une haïjin heureuse. Dix-sept marches, vous vous rendez compte ! Comme il m’aurait inspiré. À la montée vers la nuit, à la descente vers le jour. J’aurai même effectué des allers-retours supplémentaires rien que pour le plaisir d’écrire un tercet. Et c’est bon pour le cœur, ça, non ?

La maison a été construite dans les années 50 (1950… presque le même âge que moi, la même génération en tout cas) et n’a pas été programmée pour les haïkus. En effet, qui aurait pu s’imaginer à cette époque que du lointain Japon (ousa i lé ?) viendraient de délicates poésies brèves, capables de s’acclimater à mon kréol tropical ?

Et c’est pour cela que mes tercets tournent parfois aux seize syllabes bancales ; c’est pour cela que mon cœur adopte un rythme irrégulier.

Vers le bruit de l’eau

pas en cascade

oh ! toutes ces marches !

En ce temps-là, je ne les comptais pas les marches. Je n’ai plus aucune idée du nombre de degrés qui menaient à la maison de Montgaillard ou à la mezzanine de la maison de Provence. Mais je n’écrivais pas de haïkus non plus.

Compter les marches… je me demande si je m’y prends bien, si ce n’est pas un peu comme pour les intervalles. Qu’est-ce qu’une marche ? Un parallélépipède rectangle dont il faut retenir les deux faces utiles (un plan vertical, un plan horizontal) ? Faut-il tenir compte du palier d’arrivée en haut ou en bas ? Éternelle incertitude de mon intelligence mal spatialisée.

Seize marches, donc. C’est énervant… si près de dix-sept. J’aurais pu y placer un ou deux kireji, une ou deux pauses (cinq-sept-cinq), surtout en montant. Voilà ! Deux césures en montant, une césure en descendant, juste quand ça tourne, tiens ! Et j’aurais composé de subtils tercets, dignes du concours Gong… pour lequel j’ai envoyé des « trois lignes » aux kirejis bâclés, ordinaires… Le syndrome du kireji de l’escalier, quoi ! Le kireji génial auquel on pense quand il est trop tard ! Bah ! L’important, c’est de participer.

Coloriage

arbres du dimanche

en secret

(30 Juin 2016)

Publié dans chroniques d'hiver

Commenter cet article

Marcel Peltier 06/07/2016 09:26

Note importante : ne pas oublier de me lire comme étant un trouble-fête ! amicalement.

On peut me retrouver éventuellement sur facebook.

Monique MERABET 06/07/2016 13:42

Trouble-fête? Certainement pas Marcel! C'est avec grand plaisir que je lis tes commentaires. Bien amicalement. Je n'ai pas la clé de facebook, hélas!

Marcel Peltier 03/07/2016 11:08

16 marches, 17 plans horizontaux !

Monique MERABET 05/07/2016 18:43

Merci pour ton aide mathématique, Marcel. Mais c'est bien sûr! en commençant mon haïku au pied de l'escalier... je tombe pile sur dix-sept syllabes. Merveilleux, non?