Être et ne pas être

Publié le par Monique MERABET

Être et ne pas être

ÊTRE ET NE PAS ÊTRE

Ce matin, j’ai établi la liste des nombres premiers du mois : 2 – 3 – 5 – 7 – 11 – 13 – 17 – 19 – 23 – 29 – 31. Du coup, ma fibre oulipienne me suggère d’écrire des haïkus(ou des tankas) suivant le nombre de syllabes de ces dates prédestinées.

Aujourd’hui, 2 Août : peut-on écrire un haïku à deux temps ?

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Oups ! Peut-être faudrait-il écrire des haïkus liés, ce qui donnerait un sens à ces énigmatiques archicourts… Attention à celui de demain !

Mon haïku n’est pas un haïku, c’est pourquoi je l’appelle haïku.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Pas de panique ! J’explique. Du moins ce que j’ai compris.

C’est un exercice de non-fixation tiré du soûtra du diamant : « Le Bouddha n’est pas le Bouddha, c’est pourquoi je l’appelle le Bouddha »

Vous avez compris ? Non ? Moi, pas très bien non plus. Cela s’apparente au koan de la philosophie zen, un concept que mon esprit occidental n’a jamais pu intégrer.

J’ai trouvé ce diamant dans un court essai d’Alexandre Jollien « Petit traité de l’abandon » : une pensée que l’on peut habiller de tout ce qui vit, de tout ce qui nous entoure, de tout ce que l’on ressent. Essayez, vous verrez, c’est amusant.

Le handicap n’est pas le handicap, c’est pourquoi je l’appelle le handicap

La souffrance n’est pas la souffrance, c’est pourquoi je l’appelle la souffrance

Ma femme n’est pas ma femme, c’est pourquoi je l’appelle ma femme

Et ainsi de suite.

Bien entendu, ce qui peut sembler une ritournelle vaine, a du sens. Il s’agit d’arriver à ne pas emprisonner l’être ou la chose dans l’étiquette qu’on lui attribue. Ne pas juger, surtout.

Retour à la Genèse et à Dieu qui donne à l’homme (Adam) la mission de nommer les êtres qui l’entourent. Je comprends maintenant pourquoi le Créateur ne les a pas nommés lui-même et n’en a pas informé Adam ensuite. Le vrai nom de chaque être restera caché à l’homme et ce vocable qu’il inventera ne sera que provisoire, précaire, relatif.

C’est aussi un moyen d’aborder ce qui nous dépasse, ce qui nous dépassera toujours : l’essence des êtres et des choses. Dieu n’est pas Dieu, c’est pourquoi je l’appelle Dieu

Je pense aux robots que projettent nos savants ; eux, répondront aux seuls critères que l’homme leur aura assignés. Il serait malséant de dire alors « un robot n’est pas un robot, c’est pourquoi je l’appelle un robot »

Ma pensée s’égare dans l’inconnaissable… qui n’est pas l’inconnaissable, c’est pourquoi je l’appelle l’inconnaissable. Of course.

Plus modestement, le « vrai » haïku que je voudrais construire ce matin est un tensaku : cette main de bananes déposée par des amis dans un coin de mon jardin et, coincé entre les fruits, un petit mot d’amitié.

Pensées pour vous deux

le mot caché dans la main

bananes d’hiver

paroles réconfortantes

laissées au coin du jardin

(2 Août 2016)

Publié dans chroniques d'hiver

Commenter cet article

Marcel Peltier 05/08/2016 09:28

Il y a plus simple, comme dans les trois mousquetaires, avec "je te baptise carpe." Il suffit de "je te baptise haïkou" Smile

Monique MERABET 05/08/2016 12:37

Merci Marcel pour ta pertinente suggestion. Smile