Et le printemps

Publié le par Monique MERABET

Et le printemps

ET LE PRINTEMPS ?

Ce S de Septembre, écrit à la main, en cursive S, S, S il me fait penser à un serpent. Le mois de Septembre, pourtant est celui du printemps, de l’Eden renouvelé…

Printemps des tropiques, aussi peu marqué que nos crépuscules, nous ne le chantons guère ; nous sommes obnubilés par ces printemps du Nord qui se montrent, avancent, reculent d’équinoxe en saints de glace… On en fait toujours tout un plat !

« Mars qui rit malgré les averses

Prépare en secret le printemps… »

Ces vers de Théophile Gautier me poursuivent de leur référence au vrai printemps. Je n’arrive pas à l’imaginer autrement qu’en mars de primevères et de jonquilles et de jacinthes, comme au jardin de Provence.

Jours de Septembre

compter les iris

du printemps

Comme si, en mon jardin réunionnais, tous ces bourgeons qui éclatent, toutes ces fleurs, tous ces fruits à mûrir, ne marquaient pas la saison vernale du recommencement.

Alors, sans me lasser, je sème printemps et automne dans mes haïkus. « Ici, il n’y a que deux saisons », me dit-elle, j’ai vérifié sur internet. Wikipédia règle pour nous le cours des planètes.

Printemps, automne… On nous a refusé vos douceurs. Pas dignes de notre peuple de colonisés. Allez, Monsieur Commandeur, soyez gentil, quoi ! Laissez-moi croire que l’équinoxe de Septembre sera celle du printemps, un tout petit printemps marron.

Non, ont dit les géographes (pédagogues formatés jusqu’au bout des saisons) du manuel de mon enfance, censé nous dire notre environnement. Non, tu n’as même pas le droit de dire saison chaude et saison froide (euh… fraîche ?) : l’écart de températures est si peu conséquent. Tu auras une saison sèche et une saison pluvieuse et si tu rajoutes parfois une couverture sur ton lit ou un paletot (créolisme ! attention ! On dit gilet, veste, veston, k-way, parka, tu as le choix en plus…) sur tes épaules, on ne veut pas le savoir.

Et encore, ce livre de culture locale n’était-il qu’une parenthèse avant de revenir aux vérités de nos ancêtres les gaulois, de cette histoire ignorant l’esclavage et le colonialisme, aux saisons de « cerisiers roses et pommiers blancs » des chansons, aux saisons amputées des deux plus belles, aux étés s’effaçant devant l’universalité des Noëls blancs, Mon beau sapin damant le pion à nos flamboyants.

Serions-nous devenus peuple trop frustre pour apprécier les nuances. Nous, métissés dès l’origine, on nous assigne souvent le dilemme descendant d’esclave ou descendant d’esclavagiste. Comme je me sens héritière des deux composantes, appelée à dépasser ces catégories d’autres temps, d’autres mœurs par métissage.

Comme je me sens au printemps, aujourd’hui !

Ah les mûres

pas encore mûres

cependant

qu’importe au bulbul

avant moi

Demande à l’oiseau s’il ne sait pas que vient la saison des nids, celle des amours. Demande aux fleurs épanouies en milliers d’étoiles, aux feuilles nouvelles rosissant…

Demande à mon corps s’il n’exulte pas de quitter bientôt ses oripeaux du long hiver de cette année…

Demande aux coquelicots s’ils n’ont pas viré casaque et compris que le printemps, c’est ici et maintenant…

Fleurs d’orchidée

refermées – et je vous dis

que c’est le printemps

(6 Septembre 2016)

Publié dans chroniques d'hiver

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