Patillons

Publié le par Monique MERABET

Patillons

PATILLONS

Reste de macaronis

peuvent-ils devenir

papillons ?

Je me frotte les yeux. Pas bien réveillée ? En attente… qu’ai-je oublié de faire dans mes rituels du matin ?

L’envie de ne rien écrire. Rêvasser en sirotant mon café. Ne pas mettre un mot dans l’engrenage.

Cri derrière le paravent. Il me ramène à la réalité. J’ai oublié de garnir la mangeoire des oiseaux. Oh ! Ce sera reste de pâtes, aujourd’hui, les moineaux ! Faudra faire attention à ne pas avaler le macaroni tout entier. Ce n’est pas un ver, une chenille bien grasse.

Et si c’étaient des chenilles ? Quel papillon pourrait sortir de ces choses molles, un peu gluantes, fades à souhait ? Des pâtes-papillons (pâtillons) peut-être ? Celles qui ressemblent à un nœud (papillon, oui !) aux extrémités dentelées. On les appelle comment, déjà ? Des farfadelles ?

Je crains que non, que ma mémoire n’estropie le mot comme tant d’autres vocables, les noms propres surtout, les titres de livres ou de films récents… Ma mémoire se concentre sur le passé, les lointains acquis scolaires : ces règles de grammaire intégrées à mon cerveau d’écriture, ces flashs si précis, si sensoriellement fidèles aux événements d’autrefois.

Hum… farfadelles est un joli mot, non ? Peut-être trop joli pour de simples pâtes alimentaires. Quoique. Dire à l’enfant chipoteur « Finis vite tes farfadelles, tu feras plaisir aux farfadets », cela aurait plus d’allure qu’un « Finis donc tes nouilles. Elles vont refroidir. »

Pour en revenir aux macaronis « allons faire semblant c’est des chenilles », ils sont cuits. Bouillis. Il n’en sortira jamais un papillon même pas farfalle (c’est ça, c’est le vrai nom de ces pâtes). De la soie, peut-être. Ébouillanter, c’est bien le traitement que l’on fait subir aux cocons des vers à soie. Ah ! Fil de pâte, fil de blé dur ou de sans gluten… le teindrai-je en rouge coquelicot ?

La tourterelle posée sur l’avancée du toit en auvent au-dessus du lavoir, ne sait pas que je l’ai repérée.

Invisible

l’oiseau fait vibrer

le benjoin

l’ombre sur le mur

le chuchote

Toujours se méfier de son ombre.

(7 Septembre 2016)

Publié dans chroniques d'hiver

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