Le jardin d'après

Publié le par Monique MERABET

Le jardin d'après

LE JARDIN D’APRÈS

(haïbun avec les mots du NaHaïWriMO de la semaine)

 

Ouvrir grand les volets. Laisser le bleu intense de ce dimanche inonder la chambre, inonder mon cœur. Soleil !

Oublier les incertitudes, la grisaille, les karaokés toujours ratés à suivre un trille de bulbul. Trop rapide, trop mélodieux.

 

Son oreille musicienne

cet oiseau est enrhumé

me dit-il

 

Chanter à pleine voix avec l’oiseau, sans user de gadgets sophistiqués qui étouffent l’âme.

Au jardin, les printemps se bousculent : cerises et fleurs au cerisier ; les orchidées se sont déjà repliés en colombes et demain… le buis de Chine.

Quelques belles de lune finissent de s’étioler au balcon. Toujours belles, autrement belles. Fleurs de l’instantané d’une pleine lune et leur parfum vivace en mon souvenir.

Et le soleil pour ce qui naît et ce qui meurt. Ce n’est là que justice.

Jours de pluie. Sur la portée des fils électriques, les oiseaux s’étaient posés, à contre-gris, tournés vers l’Est d’où viendra le soleil. Et si ce n’est pas aujourd’hui, ce sera demain… ou hier. Les oiseaux du ciel savent la patience.

Mon jardin redevenu pénombre. Je devine la tache blanche d’un champignon, peut-être. Les champignons croient au soleil même s’ils ne le voient jamais.

Touffeur des herbes hautes qui engloutissent les gros escargots Goliath. Craquements sous mes pieds.

Vélocité des liserons qui migrent vers davantage de lumière. Atteindront-ils le toit en longeant la gouttière ?

 

Tïé sèt, blèss katorz

nuée de moustiques

de la dernière pluie

 

Un chat noir à l’affût du lézard de la mangeoire où j’ai remis du riz. C’est pour cela que les moineaux ne sont pas encore revenus.

Les fragments de corail disséminés au milieu de l’exubérante végétation ont pris une teinte vert mousse.

 

Dimanche – dévorer

un roman à l’eau de rose,

quelques loukoums

 

Le repos du gosier suivant l’étymologie arabeLoukoums à la pistache, de préférence, pour signaler la fin des mauvais jours. Comme dans le conte, il est temps de rappeler nos joies et nos rires.

Les martins tristes, si fringants quand le ciel est gris, restent muets, bec clos comme une huître. Tout ce bleu, il n’oseront pas le profaner.

Le dimanche se remplit de notes, se colore d’arcs-en-ciel. Et mes souvenirs intacts de la lune d’hier.

Vivre.

 

(12 Février 2017)

 

 

 

 

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