Ciel de plomb

Publié le par Monique MERABET

Ciel de plomb

CIEL DE PLOMB

 

 

 

Pas de riz

au ciel grisonnant

pas d’oiseau

 

Ciel gris. Commencer une page d’écriture par ces mots, cela n’a pas de sens. Je sais d’avance qu’il n’en sortira rien de joyeux, de lumineux.

Dire la même chose en termes positifs : le ciel arbore une teinte reposante. Et ce bleu qui se devine à travers le voile de nuage, attendrissant !

J’aime le gris, celui de mes cheveux qui ont bien vécu et se rappellent. Gris d’argent. J’ai toujours préféré l’argent à l’or.

Gris couleur de plomb, ce métal qu’il était facile de faire fondre au feu de la cuisine ; en se refroidissant, il prenait la forme du moule. Fascination d’enfant.

Je me demande ce que les grands (frères et cousins) voulaient fabriquer ainsi et comment ils avaient pu se procurer le matériau.

Des balles, peut-être ? Tonton avait une carabine — Papa aussi cachait un fusil au-dessus de l’armoire — c’est certain. Quel paysan n’en possédait pas ? Tirer sur les oiseaux « prédateurs » de semences ou sur le rôdeur voleur canard, était chose courante… quand il ne s’agissait pas de débusquer « l’invisible » qui hantait les cours.

 

Plomb fondu

de quoi se créer

des étoiles

 

Bien entendu, la petite fille d’antan n’en soupçonnait rien, toute à la joie pure d’observer la mutation du solide en liquide. Je me contentais de l’aspect brillant du bol de « tisane larjan », s’écoulant, éclaboussant la pierre du foyer de joyaux que je rêvais de posséder. En vain. Tout était récupérable pour une nouvelle expérimentation…

Pour les garçons, peut-être s’agissait-il juste de l’amusement d’une expérience physique, doublé du plaisir malicieux de faire hurler Grand-mère devant sa grègue au fond plombé.

Je n’en ai gardé aucune curiosité scientifique, seulement le goût de la brillance des choses, en surface, de l’émerveillement de ce qui est. Le tic-tac d’une montre ou d’un réveil ne m’a jamais donné l’envie de les mettre en pièces.

Je m’arrange toujours pour demeurer à la périphérie des sentiments, sans creuser ; ne pas risquer d’atteindre leurs sombres motivations.

Ne pas arracher les ailes de la libellule pour en faire un piment rouge, comme Kikayu le disciple de Bashô.

 

Ciel plombé

l'or des souvenirs

pour refuge

 

(18 Avril 2017)

 

NB : il me revient que le plomb avait pu provenir du ferblantier qui réparait les arrosoirs « percés » à l’aide de larmes de ce métal

 

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Angelilie 20/04/2017 01:04

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

Monique MERABET 20/04/2017 08:55

Merci Angelilie. Et merci pour les superbes photos de votre blog.

Marcel Peltier 18/04/2017 09:34

Belle souplesse dans ces haïkus...

Monique MERABET 20/04/2017 08:54

3 - 5 - 3... n'est-ce pas?