Lundi de Pâques

Publié le par Monique MERABET

Lundi de Pâques

LUNDI DE PÂQUES

 

 

 

Lundi de Pâqueso

œufs ramassés hier

sans les oiseaux

 

Aucun chant ne salue mon arrivée sur la véranda. Et puis, un, deux, trois, quatre… les voilà, lumineux sur le câble. Un morceau de lune veille au-dessus du manguier.

Quel est donc le parcours de la lune, son vol de nuit ?

 

La lune est lunatique

La lune erre

Un jour ici, un autre, là…         (in Danse avec la nuit, Publibook 2001)

 

Mais la situer au-dessus du manguier ou de l’avocatier n’est qu’une figure de style, une façon de l’apprivoiser en mon jardin.

On a tant besoin d’un fragment de rêve, parfois, d’une compagne qui ne demande rien de plus qu’une pensée vers elle. La lune est une amie pour les nuits d’insomnie.

J’aurais dû lui ouvrir la fenêtre cette nuit, ou l’entrebâiller… Non, elle n’aurait eu aucun plaisir à partager mes pensées emmargozées* qui n’arrivent pas à se projeter dans un futur rasséréné.

Rester dans le présent. Respirer la nuit, respirer le matin bleu. Oh ce ciel ! Laisser courir les secondes au roucoulement d’une tourterelle.

 

Lundi de Pâques

fleur remontée à sa tige

ou une autre

 

Envie d’écrire encore. L’ombre modifiée sur le mur après la fixation de ce câble parasite. Comme une fronde tendue au bout de l’auvent. Parier sur l’oiseau-ombre qui viendra s’y percher .

Hier soir, c’était le chat, surpris au grillage, ne désirant sauter ni d’un côté, ni de l’autre. Nous nous sommes regardés. Longuement. Nous nous ressemblons parfois, dans l’incertitude des décisions à prendre. Je l’ai laissé là ; j’ai refermé les volets de la cuisine. Intimité. Il a fait son choix. Sans moi.

 

Matin de ciel bleu

n’écrire que

le ventre blanc des moineaux

 

Haïku « irrégulier » suivant la dénomination du dernier numéro de Gong. Un haïku régulier, qu’est-ce que c’est ?

 

Ah ! n’écrire que

le ventre blanc des moineaux

matin de ciel bleu

 

(17Avril 2017… date qui mérite bien un haïku 17)

*néologisme créolo-français : la margoz est une plante potagère de la famille des cucurbitacées ; elle est très appréciée dans la cuisine réunionnaise en dépit (ou à cause) de son goût amer.

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Mariposa 07/05/2017 21:22

J'aime beaucoup ton néologisme "emmargozées", joli métissage dont j'adore les sonorités.

Monique MERABET 08/05/2017 11:53

Cette margoz est toujours présente dans la langue créole lorsqu'on veut évoquer un goût amer.

Marcel Peltier 18/04/2017 08:42

Bonjour, Monique.

Le haïku régulier serait celui qui respecte une règle préalable (axiome) établie par quelqu'un, l'autre haïku irrégulier serait un anarchiste par rapport à la même règle, mais... Pour moi, je pense que tout auteur aboutit au respect d'une règle personnelle qui s'est imposée à lui. Ma brièveté n'est qu'une évolution entrevue dès mes débuts d'écriture de "haïkus". Comme matheux, l'équilibre du 3-5-3 et son harmonie est devenu évidence, ensuite ce besoin de plus de silence. Mais ce ne sont que MES règles à ne pas imposer à quelqu'un ! Une tentation d'approche d'un équilibre stable émotionnel. Bien amicalement.

Monique MERABET 18/04/2017 08:58

Merci pour ces précisions, Marcel. J'ai retrouvé avec plaisir tes recherches d'harmonie et de silence dans le dernier numéro de GONG.
Quant aux haïkus réguliers, tu soulignes bien que leurs règles auront été imposées "par quelqu'un". Je crois pour ma part que chaque auteur crée ses règles personnelles. En fait, souvent, chaque instant-haïku impose son rythme propre. C'est du moins ce que je tente de suivre.