Oiseauréveil

Publié le par Monique MERABET

(dessin de Jennifer)

(dessin de Jennifer)

OISEAURÉVEIL

 

 

 

Cascade de chants

l’oiseau-lunettes descend

escalier de feuilles

une marche après l’autre

poser mes pas hésitants

 

Oiseau-blanc, oiseau-lunettes gris, bec fin, lilit… tous ces noms créoles pour une petite boule de plume perpétuellement agitée. I bouj toultan, on aurait pu le nommer ainsi… Ces petits passereaux pépient leurs prières du matin et du soir, cachés dans le feuillage du vieux manguier. Depuis peu, ils ont investi le cœur-de-bœuf près de la véranda.

J’envie leur grâce enjouée, moi qui descends mon escalier de pierre, colimaçon à peine ébauché, en me cramponnant à la rampe.

L’esprit qui m’habite avait-il eu le choix ? Ailes de moineaux ou Aïe mon dos ? Je me dis pour me consoler — console-toi toi-même — qu’être humain, ce n’est pas mal non plus, que j’ai le privilège de pouvoir l’écrire.

Privilège ? Hum… Deux arcs gris se glissent sans bruit sur le bleu du ciel. Ils n’ont même pas remarqué ma présence. Pfft !

J’aurais aimé les filmer, les oiseaux-blancs — comme l’herbe du bord de mer — garder le mouvement. Pfft ! Ils ne m’accorderont jamais une pause-photo. Faut pas rêver. Les dessiner, alors ?

Bon, la branche, ça va. Bien observer la disposition alternée des feuilles aux formes lancéolées que mon crayon saurait reproduire. Ne pas oublier les nervures hachurant le limbe vert foncé — il se trouve dans ma boîte de couleurs — ni la nébuleuse de taches jaunâtres. Y inscrire les constellations blanches d’aleurodes — c’est peut-être cela qu’ils picoraient mes oiseaux, à l’heure des belles de nuit pas encore refermées.

Rajouter un oiseau… des oiseaux ? afin de suggérer le mouvement. Jennifer avait su rendre cette agitation pour illustrer mon haïku.

Aïe ! Tercet de débutante, si peu haïku : trop bavard, trop anthropomorphique. À réécrire, s’il vous plaît !

 

Moineaux en bataille

dans le fouillis d’un manguier

ébauche de nid

 

(23 Mai 2017)

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