Requiem pour un nuage

Publié le par Monique MERABET

Requiem pour un nuage

REQUIEM POUR UN NUAGE

 

 

 

Nuage évanoui

pendant que j’écris – au mur

un ramage d’ombres

Il me suffit d’un regard

pour que s’envole l’oiseau

 

Silencieuses dans l’espace, les ombres passent : oiseau ? papillon ? Âmes… comme celles qui se faufilent derrière les étagères, cancrelat, lézard, araignée, comme celle qui palpite sous le chiffonnier… Ah ! Un mouton de poussière oubliée.

Ombres. Nombril d’un monde décalé, pas tout à fait matériel ; pas immatériel non plus, on préfère le croire. L’ombre n’est que projection du réel, n’est-ce pas ? Bien que… parfois je me demande si certaines — sous le réverbère, au jardin, le soir… Brrr — n’ont pas une existence propre.

Les nuages sont-ils ombres de météorites voyageuses ? Ils apparaissent et disparaissent sans prévenir. L’image des étoiles qui parvient à nos yeux de terriens, n’est-elle pas une espèce d’ombres, fantômes d’astres éteints. Les années lumière qui séparent la date d’émission de celle de la perception, ne nous laissent que des âmes mortes à contempler.

Ce matin, l’absence de soleil gomme les ombres du mur… et pour me démentir, un premier rai oblique apparaît. Le reste suivra, feuilles et oiseaux, une mouche, parfois.

Je fixe les ombres sur le mur. Et l’oiseau réel s’envole. Les oiseaux n’aiment pas que je les regarde, mes yeux trop semblables à ceux du chat… Défi d’un tensaku : comment mettre cela en haïku ?

 

Mon regard

sur son ombre – oiseau

envolé

 

Choisir la forme minimaliste : moins dire pour exprimer plus ; plus justement.

La présence de l’observateur influe sur le sujet observé. Même lorsqu’il s’agit d’ombres ? Je suis observatrice d’ombres, écrivaine d’ombres. Et je viens de rater le déploiement — soudain ? — du feuillage du cœur-de-bœuf sur le mur.

Requiem pour un nuage passé, délivrant la lumière. Le bonheur de me sentir aussi impondérable que lui. Ne suis-je pas qu’une ombre, moi aussi, enfouie là-haut, dans le bleu. Le premier qui me verra…

 

Selfie du dimanche

sous l’ombre du lilas

mon ombre

 

(21 Mai 2017)

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