Essai de pantoun-prose

Publié le par Monique MERABET

Essai de pantoun-prose

ESSAI DE PANTOUN PROSE (PANTBUN ?)

 

 

 

Un rêve s’enfuit, en déroute

Mémoire effacée au réveil

Dans un paysage de gouttes

Oiseaux attendant le soleil

 

Tap, tap, tap… la pluie matinale écrit sa chanson sur le gravier. Bruissement lointain de ruisseau. Tambourinement au dos d’un arrosoir oublié, glouglou d’une gouttière se déversant dans le tonneau de récupération, caïambe sur la tôle du toit, fortissimo : pluies orageuses ou cycloniques de mes vacances d’enfant.

A vendre, case en bois sous tôle, dans les Hauts. Faut-il mentionner « bruitage de pluie, sans supplément » ? Cela ne ferait-il pas s’enfuir l’acheteur citadin soupirant après le caaalme de nos campagnes, du genre à ne pas supporter un cocorico ?

Pour ma part, je donnerais cher pour retrouver ces concerts de gouttes, nocturnes improvisés pour petites filles blotties — racoquillées — sous la couverte de coins. Réveil brutal au cœur du fénoir. Maman, je peux allumer la bougie ? Mais défense de toucher aux  allumettes laissées dans le bougeoir émaillé posé sur une chaise à côté du lit. Sauf en cas d’urgence, appeler les parents d’abord… se rasséréner au son de la pluie qui tombe. Décoller à tâtons un fragment de cire froide : pas le même goût que celle qui vient de fondre, subtilisée au coucher, brûlant les doigts. Délices interdites elles aussi. « Ma fille ça y doit constiper », disait Grand-mère.

Scène d’autrefois, du temps où la matière des bougies n’était pas (trop) toxique… Hum ! On peut rêver… celles d’aujourd’hui, marque « Sacré cœur » — elles ne servent plus guère qu’à quelques dévotions à la Vierge Noire, à Saint Expédit, pour vieilles dévotes en voie de disparition — sont en plastique, bonnes à vous flanquer une occlusion intestinale , pire que la constipation, Grand-mère ! Comme pour les tortues marines confondant méduses et emballages transparents.

Cette nuit la pluie n’a pas interrompu mon rêve. Un groupe de voyageurs, des jeunes — dont je faisais partie et ma cousine aussi — attendant je ne sais quoi… épisode occulté au réveil. Puis branle-bas, rassemblement, départ annoncé, ordre de mobilisation ou quelque chose du même genre — quoi ? La guerre ? — je ne retrouve plus le sac que j’avais posé là. Marie-Claude a dû le prendre. Faut que je lui demande… Faut que je la retrouve dans la cohue. Trop tard… le radioréveil de 6 h 30 s’est déclenché. Avec les infos du jour.

 

(2 Juin 2017)

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