Poète en fleur de courgette

Publié le par Monique MERABET

Poète en fleur de courgette

POÈTE EN FLEUR DE COURGETTE

 

 

 

Poète en fleur de courgette

m’émerveiller d’une tache

forme de chameau

sur la feuille cueillie

au bord du chemin

 

Je me ressens poète : poète de fleur de courgette en pot, pas de grands sentiments. Les chants désespérés sont-ils vraiment les plus beaux, ô poète que l’on dit grand ? Ta souffrance est-elle la plus sublime ? la plus frappante ?

La douleur est la même pour tout le monde, elle vrille avec la même intensité. Elle nous réunit, nous unifie sous ses masques divers. Est-il utile de la décrire, de la clamer à tous vents ?

Déverser sa peine, s’épancher, cela ne se marie pas bien avec les mots. Cela les étouffe, brise leur envergure : albatros aurait dit un autre grand poète.

les sentiments négatifs ont tous le même effet : resserrer la filandre de mal-être, de colère et de haine qui nous piège de leur hideur. La peur donne des ailes, certes, mais c’est pour fuir, pas pour s’envoler plus haut, toujours plus haut.

Je songe à tous ces poètes que l’on dit Grands, ceux des belles versifications, rimes et césure, assonances, allitérations… Parfois je ressens leur « perfection » larmoyante, comme coulée dans la pierre des stèles, immobile et sans âme.

Et puis je lis au hasard, quelque sonnet de José Maria de Hérédia, poète un peu mineur que l’on cite à la volée dans les manuels scolaires, comme un vol de gerfauts loin du charnier natal, jamais donné en dissertation au bac…

Poète touchant souvent, capable de versifier sur la défunte tourterelle ou sur les bonheurs d’une sieste… vers ancrés dans le ressenti qui donne envie de passer aux haïkus.

 

(13 juin 2018)

 

LA SIESTE

Pas un seul bruit d’insecte ou d’abeille en maraude

Tout dort dans les grands bois accablés de soleil

Où le feuillage épais tamise un jour pareil

Au velours sombre et doux des mousses d’émeraude.

 

Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde

Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,

De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil

Qui s’allonge et se croise à travers l’ombre chaude.

 

Vers la gaze de feu que trament les rayons,

Vole le frêle essaim des riches papillons

Qu’enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

 

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil

Et dans les mailles d’or de ce filet subtil

Chasseur harmonieux, j’emprisonne mes rêves.

Publié dans Automne ou printemps

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