Souvenirs épars du salon

Publié le par Monique MERABET

Souvenirs épars du salon

SOUVENIRS ÉPARS D’UN SALON

 

 

 

Sable blond

et l’encre des mots

mer qui bat

 

On n’empêche pas la mer de battre. Deux pas loin des tonitruantes musiques, des annonces, du brouhaha de la foule du samedi. Deux pas et une barrière à franchir : pureté adamantine des vagues fouaillant l’océan turquoise. Respirer l’odeur du large. Saint-Pierre, hier, au salon du livre Athéna, 12 octobre 2019.

 

Elle est bonne la mer ?

combien franchiront les barrières

 séparant de nos livres

 

Retrouver les sourires amicaux, saluer celui, celle, pas vus depuis… le dernier salon. Dialoguer avec celle qui me lira, ceux qui ne me liront pas, souvenir d’un Mathifolades acheté et offert… il y a longtemps.

 

Lumière rasante

filtrant à travers nuages

l’heure du retour

 

Et le moment de grâce, la rencontre avec Catherine. Elle s’attarde à l’unique exemplaire de « Souvenirs épars de ma mère » posé sur la table : mon heure de présentation des nouveautés annoncée… le titre l’a alléchée.

Elle vient de France (enfin, de Métropole !) à la recherche de ses origines réunionnaises, celles de son père disparu, elle ne sait rien de lui, ni de l’île où il est né.

 

L’exilé

la mer l’emmène

ne le ramène pas

 

Et Catherine, élevée par un beau-père, n’a jamais osé rien demander. Par crainte de « blesser » l’affection du nouveau papa, comme si cela aurait été faire offense à sa tendresse en se montrant insatisfaite, curieuse de l’autre… Elle avait six ans lorsque son père est mort ; elle se souvient seulement qu’il aimait cuisiner, leur préparer des petits plats créoles, caris pour retrouver un peu de son île perdue… elle aimait à manger pimenté, autrefois. Et puis le goût lui a passé, à mesure que s’estompait le visage du disparu.

Aujourd’hui — elle doit avoir soixante-dix ans — elle a rallumé la petite lanterne réunionnaise longtemps mise sous le boisseau et elle est revenue sur nos rivages : c’est là qu’elle souhaite renouer avec sa filiation d’ici.

Catherine est de retour. Elle veut me lire, retrouver dans ces souvenirs épars de ma mère, un peu de ce monde réunionnais qui lui a échappé, combler ce manque, cette identité écornée.

Je quitte le salon sur cette rencontre au fond du cœur, cette femme qui partagera mes souvenirs « plus vivants qu’une généalogie », dit-elle. Elle en fera un peu les siens. Un ange passe.

 

cahier refermé

soudain cette senteur

d'océan

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Commenter cet article
M
Un bien joli haïku oulipien de 11 syllabes, dès le départ. Bravo.
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M
Merci Marcel. Contente de te retrouver.
J
Jolie histoire de Catherine, pas trop tard pour retrouver des racines. Du bonheur à elle, et merci à toi
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M
L'essentiel pour l'écrivain: ces rencontres imprévues. Chaque salon m'en amène toujours.