Jeudi entre parenthèses

Publié le par Monique MERABET

Jeudi entre parenthèses

JEUDI ENTRE PARENTHÈSES

 

 

 

Repère du temps

quand les ombres sur le mur

descendront

Et le ciel d’azur repeint

prophétie du jeudi

 

Mettre une journée entre parenthèses. Sans espoirs ni regrets superflus. Mi figue-mi raisin.

J’ai de la chance. J’apprécie autant la figue que le raisin… et les souvenirs qui viennent à leur suite.

La figue est inflorescence épanouie de l’intérieur : merveille insoupçonnée. Quant au raisin, il est perle ou canette, pour la beauté ou pour le jeu. Tous les deux fruits de vacances.

Pas des mêmes vacances. Le figuier du verger de Piton Saint-Leu mis à bas par un vilain coup de vent, avait reverdi à l’horizontale et ses petits fruits — figué, on disait, pour les différencier des fig désignant les bananes — à portée de nos menottes : paradis de saison fraîche, juillet sans doute.

Le raisin, lui, — enfin, le raisin pays, issu de vigne Isabelle qui donnait un vin de Cilaos riche en méthanol — accrochait ses grappes aux treilles de janvier-février. Pour les enfants, pas question d’y toucher ; pour les oiseaux, non plus et le propriétaire du pied raisin s’ingéniait à toutes sortes d’astuces, gob, chiffons épouvantails pour les chasser.

Celui de la voisine était lui carrément tabou : « Commencez avec les yeux et finissaient avec le cœur » disait la pancarte d’avertissement, lettres tracées au charbon de bois. J’ai retenu la conjugaison singulière à la fois en mode impératif et imparfait… Sans doute avait-on déployé tous les trésors de la grammaire française pour venir en aide à la vieille femme illettrée. Je ne sais pas si la défense se révélait efficace mais nous, les cousines, nous nous contentions de nous moquer de l’orthographe sans y goûter.

 

Photo noir et blanc

Ombres du pied cœur-de-bœuf

dans toute leur gloire

 

(Petit journal des vacances 45, 30 avril 2020)

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