Les chants désespérés d'Alejandra

Publié le par Monique MERABET

Les chants désespérés d'Alejandra

LES CHANTS DÉSESPÉRÉS D’ALEJANDRA

 

 

 

Décrocher mon linge

je ramène folioles jaunes

le lilas d’Inde

 

« Il y a dans l’attente une rumeur de lilas qui se brise » (Alejandra Pizarnik)

Découvrir cette poète argentine (1936 – 1972) qui déclare : « Je n’appartiens tout simplement pas à ce monde […] je n’arrive pas à penser aux choses concrètes »

Triste poète prisonnière de ses mondes fantastiques : « je ne saurais pas revenir », dit-elle. L’auto confinement suprême !

Comme elle est éloignée de ma conception du « Royaume qui n’est pas de ce monde » héritée de l’évangile !

Dans mon attente, parfois désert et silence, entendre cependant la rumeur de la sève, printemps pulsant aux branches du lilas — printemps d’ici ou d’ailleurs, faux lilas d’ici, lilas des chansons d’ailleurs — poussant vers l’extérieur feuilles et inflorescences et leur mauve parfum emplissant mes sens.

Dans mon monde réunionnais de l’hémisphère sud, il y a un pendant à chaque fragrance, à chaque beauté des printemps-renouveau de l’hémisphère nord. Une correspondance aux quatre saisons et aux cycles circadiens d’autres latitudes : jours s’ajoutant aux jours et aux nuits, témoins de la terre qui tourne, qui n’arrête pas de vibrer. Et la joie d’en faire partie, un peu de matière, des sensations renouvelées jusqu’au bout. Monde fantastique dont il n’est pas nécessaire de « sortir » pour vivre sa plénitude.

 

La dernière mangue

je me dis que c’est l’automne

avril ? et alors ?

 

Notre flore vient de Chine, ou de l’Inde ou de Madagascar mais elle fut découverte ou importée par les premiers arrivants venus d’Europe ; ils ont établi à leur convenance des analogies avec les végétaux qu’ils observaient dans leurs jardins du nord du monde. Nostalgie.

Ainsi ce lilas d’Inde (ou de Perse) aux inflorescences d’un mauve délicat, aux parfums suaves — Sentez ! Sentez ! Cela ne vous rappelle-t-il pas… ? — on l’appelle margosier et en Inde, le neem.

 

(Petit journal des correspondances 31, 16 avril 2020)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article