Liseron... de Jephté

Publié le par Monique MERABET

Liseron... de Jephté

LISERON… DE JEPHTÉ ?

 

 

 

Liseron qui danse

je ne la cueillerai pas

première fleur vue…

 

Jour du liseron ? La première fleur rencontrée ce matin à l’entour du balcon. Elle chante mâtines, louange au jour, à la vie, la sienne, la mienne. Pourquoi la cueillir, sacrifier à l’envie de la confiner entre deux pages. Cueillir, c’est accompagner la mort, accueillir, c’est accompagner la vie.

 

Fille de Jephté, chante et danse

La mort guette au bout de tes pas.

Un liseron blanc se balance

Sur sa tige, le laisserai là.

 

Je songe à l’histoire tragique de la fille de Jephté, un juge de l’Ancien Testament. Revenant triomphant de je ne sais quelle guerre, il attribue son succès à Dieu qui l’aurait soutenu (Gott mit uns) et pour lui rendre grâce, promet de lui sacrifier la première personne qui sortira de sa maison. Et c’est sa fille bien-aimée qui va au-devant de lui en dansant sur le chemin…

Le destin de cette jeune fille dont le livre n’a pas livré le nom, m’émeut toujours. Comme celui d’Iphigénie. Innocences sacrifiées.

Mes liserons ont plus de chance qu’elles.

 

(Petit journal du liseron 42, 27 avril 2020)

 

Mes débuts en poésie lui avaient consacré ce poème :

 

Tu ne savais rien de leurs sombres pensées

Tu ne savais rien de leurs vœux insensés

Les fleurs te souriaient en leur jardin secret

Et tu rêvais heureuse, à l’ombre du figuier

 

Tu te savais l’unique et croyais aimée

Pour toi coulaient la source et le miel et le lait…

Tu étais Princesse, fille de Jephté

Insouciante et heureuse à l’ombre du figuier

 

Comment croire que ta hâte en fille attentionnée

Put, de la fête, un jour, brouiller la destinée ?

Qu’un baiser filial, de mort fut messager

Âge des rires heureux à l’ombre du figuier.

 

Pour adoucir d’un tel verdict, l’iniquité,

Tu quémandas l’aumône de si brèves journées…

Est-ce assez d’une année pour chanter sans regret

L’adieu aux jours heureux à l’ombre du figuier ?

 

Ôtée de notre monde comme une fleur coupée

Ainsi qu’Iphigénie par erreur immolée

À des dieux qui n’ont soif que d’amour et de paix

Et de te voir heureuse à l’ombre du figuier

 

Aujourd’hui gît dans l’âme des filles de Judée

Souvenance d’une éternelle fiancée.

Il ne subsiste plus qu’un écho éthéré

À palpiter, heureux, à l’ombre du figuier.

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J
Un bien joli poème, Monique. Et un joli liseron, si délicat qu'en effet il est bien là, sur sa tige nourricière. Je t'embrasse
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M
Je suis heureuse que le poème te plaise, Jocelyne... Comment ne pas compatir?