Akoz margoz...

Publié le par Monique MERABET

Akoz margoz...

AKOZ MARGOZ…

 

 

Hiver des Hauts

une crosse de fougère

défie la brume

 

Le ciel n’est pas le même, côté mer et côté montagne : lisse azur infini ou nuages moutonnant. Comme si la maison délimitait deux hémi-ciels.

Mer et montagne, les deux pôles de l’île-volcan et les micro saisons attachées : la fré jusqu’au givre dans les Hauts, fraîcheur des Bas un peu plus accentuée quand souffle l’alizé.

 

entre deux climats

un jour avec un jour sans

mes chaussettes doutent

 

Mon cœur, lui, se partage toujours les amitiés de l’hémisphère nord et de l’hémisphère sud.

Comment va la mare de Plouy — à 10000 kilomètres d’ici — sous la canicule ? J’espère qu’elle ne s’assèchera pas complètement comme l’an dernier, que son petit monde aquatique perdurera à l’ombre rideau des saules, que les amis qui vivent là pourront bientôt prendre par la main un petit-enfant pour lui montrer les tortues, les poussins d’eau, les iris jaunes…

Et cette lumière qui m’a éblouie, un certain jour d’octobre.

C’est la force de tels souvenirs qui me fait l’âme allègre aux nouveaux matins. Avec l’assistance des oiseaux qui ne ratent jamais un concert de l’aube tardive de juin des jours plus courts.

Huit coups au clocher Saint-Jacques. Je suis à mon écritoire bleue qui deviendra table à cuisiner puis à déjeuner.

Alors écrire parce que je suis vivante. Et si cette motivation vous semble un peu trop désinvolte, écrire akoz margoz lé amèr, lo grin lé dou*.

 

*locution créole intraduisible dans toute sa saveur de la margoz ce petit fruit amer qui se mange en rougail.

( 13 juin 2021)

 

Et cette fable qui vous aidera peut-être ou peut-être pas à mieux cerner les mystères de la margoz

 

LE MANGUIER ET LA MARGOZ

 

À l’ombre pérenne d’un manguier

Courait une liane margoz ;

L’humble plante passait sa vie, morose,

À soupirer, à désirer…

Un ailleurs de pure lumière,

Tout en haut de la feuillée altière.

Elle pria l’arbre vénérable

De la hisser jusqu’au sommet

Le manguier n’y fut point favorable :

« Vous êtes tous pareils, vous promettez Cythère

Et la lune… et même un clair de terre ;

Voyez tout ce qui grimpe à l’assaut de mon tronc !

Fougères, fruit délicieux, orchidées, champignons…

Cela m’enserre à m’étouffer ;

Contentez-vous, la belle, de ramper ».

La liane, fort têtue, se fit insistante :

« Votre floraison, Sire manguier,

Me paraît bien insignifiante,

Incompatible avec votre majesté ;

L’or de mes fleurs saura vous transformer

En arbre de Noël ;

Quant à vos fruits couleur de miel,

C’est pitié de les voir offerts

Au clic des becs acérés,

Insatiables dévoreurs de leur pulpe sucrée.

Mes fruits à moi, sont fort amers

Et pourront éloigner ces pilleurs de richesses ».

Le manguier se laissa tenter par ces promesses…

Tout alla pour le mieux jusqu’au cœur de l’été.

De voir l’arbre ainsi paré,

C’était vision de paradis !

Mais lorsque les margoz vinrent à éclater,

Laissant voir, de leurs grains, le chatoyant rubis,

Bulbuls et martins accoururent

Pour la curée. Sus aux mangues mûres !

« Liane traîtresse ! », gémit l’arbre meurtri.

« Eh quoi ! » fit la margoz avec effronterie :

Mon génome est ainsi. Qu’y pouvons-nous ?

Margoz lé amèr, lo grin lé dou.

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article