Abeilles (12)

Publié le par Monique MERABET

cerise10.JPG

 

 

LE MIEL DES HAÏKUS

(Monique MERABET)

 

 

 

Photo

le cerisier tout blanc –

où est passée l’abeille ?

 

J’avais pourtant fait très attention en ne m’approchant pas trop près ; mais avec le zoom, elle était visible quand même cette abeille. J’avais pris soin aussi de garder l’appareil immobile.

Et puis non, rien ! Rien qu’une masse chatoyante de roses, de verts, de blancs.

 

Les abeilles ! Voilà un sujet qui ne m’inspire guère. Il y a quelques années je m’étais prise d’engouement pour ces petites bêtes cependant. C’était après avoir vu un film d’animation où, au point du jour, les corolles s’entrouvrent pour libérer les insectes. J’avais trouvé si poétique ce choix d’un lit de pétales pour la nuit. Cela m’avait valu à l’époque quelques accents élégiaques.

 

Réveil en rosée

la corolle nacrée

libère une abeille

 

Peuh ! On ne peut pas vraiment appeler ce poème, « haïku ». Trop belle l’image et surtout, elle ne repose pas sur un fait réel car, en dépit de mon espoir naïf de le voir se réaliser, cela reste du domaine d’un rêve, d’un conte de fées. Mais j’y ai cru. J’y crois encore aujourd’hui.

 

Iris à peine entrouvert

îl était une fois…

l’abeille ? La fée ?

 

Rêvons !Rêvons !

En fait, mon jardin, malgré tous ses parfums, il ne les attire guère, les abeilles. Elles boudent le champ d’iris qui s’épanouit au printemps. Le miel d’iris, ça n’existe pas ?

Oh ! Je les soupçonne de peu de curiosité nos braves ouvrières. Je ne les ai guère vues que sur le cerisier.

Je suis un peu déçue. On les dit si « intelligentes »… Paraît même qu’elles déploient tout un code compliqué pour communiquer entre elles, pour signaler les endroits qui valent une visite.

… Des fois, il y a des ratés aussi

 

Visite éclair

au cerisier tout vert

l’abeille retardataire

 

Le cerisier était tout fleuri le 23 septembre (le printemps, pardi !) et l’abeille je l’ai surprise le 16 octobre ! Après l’heure, ce n’est plus l’heure, la belle !

Et le printemps est court…

 

27 Septembre -

le cerisier a perdu ses fleurs

… et ses abeilles

 

Et pour rester dans la veine iconoclaste, j’ajouterai que j’ai même rencontré des abeilles paresseuses.

 

Rayon de soleil –

Sur mon pot de miel

l’abeille vient se poser

 

Á sa décharge, je préciserai que cela se passait au mois de Juillet, en plein hiver austral et que le miel des autres a toujours une saveur de fruit défendu. N’empêche ! Ce n’est pas joli-joli d’essayer de filouter la nature.

 

Mes rideaux fleuris -

l’abeille se tue

en me piquant

 

Holà ! J’arrête… Un peu mesquins mes haïkus ! Et le dernier avec son petit côté « Bien fait pour toi ! » relève plutôt de la tradition du senryu. Il paraît même qu’à l’origine, c’était ça le haïku : une sorte d’épigramme, plus ou moins humoristique.

Mais, qui dit satirique, piquant, dit un peu blessant aussi. J’en sais quelque chose. N’est-ce pas, l’abeille ? Et je préfère les haïkus où se glisse un petit brin de spiritualité, ceux qui nous font rebondir vers l’invisible.

Ceux sur les abeilles, je les ai juste notés pour prouver ma bonne volonté, le souci que j’ai de coller au thème de Patpantin.

Mais, décidément, je n’arriverai à rien en suivant ce fil. Alors, vous m’excuserez mais je préfère aller butiner mes haïkus ailleurs. Pas trop loin quand même : avec les abeilles je partage la même aire d’investigation et de découverte, pour moi tout au moins.

 

Mon jardin

chaque fleur a son nom

dans ma tête

 

Mon jardin… ou bien, cette petite rue calme au nom de fleur, par exemple. Je l’emprunte souvent en allant faire quelque course : un quartier bien tranquille vraiment, avec ses maisons proprettes, ses carrés de jardin entretenus avec soin… Trop peut-être ! Il n’y a pas un brin d’herbe qui dépasse

 

Le beau gazon

des riverains – je guette

la petite pâquerette

 

Et cette superbe touffe de canne à sucre qui a l’air d’être là uniquement pour le décor. Moi, je n’aurais pas résisté.

 

Bout de canne

entre les dents

- tout un champ dans ma tête

 

Parfois aussi le fouillis coloré des parterres délimités par ces allées au pavage de fragments de carreaux, une façon astucieuse d’accommoder les restes lors des travaux de construction. Et me voilà téléportée cinquante ans en arrière

 

l’allée en tessons

multicolores – la robe

rayée de ma mère

 

Maman, un arrosoir à la main, telle que mon frère l’avait photographiée, il y a cinquante ans, au milieu de ses fleurs.

Justement, cela me fait penser que dans cette ruelle, je n’ai jamais vu personne à l’extérieur des maisons (ces si beaux jardins, qui en profite ?). Je n’ai jamais entendu non plus un cri ou un rire d’enfant… Juste un oiseau de temps à autre,

 

Le martin se tait –

quelques notes au piano

par la fenêtre ouverte

 

Et puis, par une après-midi du mois de Juin, ce bruissement si caractéristique. Á ne pas en croire mes oreilles ! Il y aurait des ruches dans le coin ?

 

Les abeilles suivent

tous les matchs au salon -

vuvuzuelas…

 

Je leur dois au moins ça, aux abeilles : m’avoir rendu amusante la Coupe du Monde de foot en Afrique du Sud en 2010.

 

 

 

Publié dans ABEILLES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
<br /> <br /> Bonsoir étoilé Monique<br /> <br /> <br /> Il est très joli  ton texte sur ses abeilles, je peux les imaginer qu' elles butinent de fleurs en fleurs, et dire qu' elles nous font du bon miel. Et oui nos abeilles sont travailleuses<br /> <br /> <br /> <br /> Je n' ai pas beaucoup de temps pour mes coms, mais je pense à toi et je viens te lire dès que je peux. Merci pour tes commentaires, ils me font plaisir.<br /> <br /> <br /> Douce soirée à toi, et bisous angéliques<br /> <br /> <br /> Angeline<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> Merci pour ton avis Angeline. Tu as bien raison de sourire de mes petites "piques" contre les abeilles. Juste question de s'amuser! Mais vraiment que ferions-nous sans les abeilles?<br /> <br /> <br /> <br />
I
<br /> <br /> J'aime beaucoup cette valse des mots. Ce rythme qui s'accélère à chaque haïku.<br /> <br /> <br /> Belle écriture. On se sent abeille en train de faire des arabesques pour dire pour transmettre un, des messages(s).<br /> <br /> <br /> Effet réussi.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> Merci Ida. Je suis toujours ravie qu'on découvre des "effets" dans mes textes. Ils sont souvent bien involontaires. Mais ce qui importe dans un texte publié, c'est l'avis du lecteur.<br /> <br /> <br /> <br />