Carnets de vacances (10)

Publié le par Monique MERABET

Photo-381.jpg

 

MIGNONNE ALLONS VOIR SI L’IRIS…

 

 

 

 

Par delà les montagnes sombres qui entourent Saint-Denis, la crête toute illuminée d’un rempart. Le monde a repris couleur de dimanche. Et moi, je retrouve son silence si particulier rempli de chants d’oiseaux.

Il y a toujours interaction entre moi et le temps qu’il fait, entre moi et le paysage. Et quand je dis « moi », je fais trop souvent référence à l’influence négative de mes états d’âme, la mauvaise part, celle qui regrette, qui nostalgise…

 

Ciel gris d’Août

premier iris

en bleu et blanc

me demander soudain

quand sera le dernier

 

Ainsi mon regard sur ce premier iris éclos vendredi. Première fleur, émouvante dans sa nouveauté, premier éclat d’un printemps. J’aurais dû chanter la joie de son harmonie…

Hélas ! Mon moral était au trente sixième dessous après ces retrouvailles de quatre cousines éplorées, aux voix étouffées autour d’un cercueil…

Sur le seuil de sa maison

Le Seigneur t’attend

… t’attend… nous attend… et l’effet rebond d’autres deuils, d’autres absences…

Alors cet iris – qu’il me pardonne mon accueil larmoyant ! – je n’ai pu m’empêcher de le projeter au temps du dernier iris, occultant tous les moments de glorieuse floraison à vivre entre printemps et été.

Raccourci soudain trop raccourci de notre existence : naître et mourir… comme si tout ce qui a été, qui est, qui sera n’était pas essentiel. Honte à la piètre mathématicienne que je suis pour avoir oublié qu’entre les bornes d’un intervalle, se niche l’infini.

J’ai voulu changer ma vision des choses, persuadée qu’un haïku (surtout celui d’un premier né) devait porter joie… J’ai essayé mais j’ai découvert cette deuxième fleur, piétinée au moment où la radio de la voisine débitait son horoscope quotidien…

 

Chemin du chien

le premier iris

n’a pas bon horoscope

 

Un haïku peut-il être triste ? Question inutile ! Aujourd’hui, c’est dimanche. Mignonne allons voir si l’iris

 

Nouvel iris ?

saluer le liseron

au passage

 

(Monique MERABET, 26 Août 2012)

 

 

 

Publié dans Haïbuns

Commenter cet article

Brigitte Neulas Bermond 01/09/2012 17:25





 J'apprécie la fraîcheur des iris ! "Paix des iris dans les massifs ...." -Jeux-


 


Avec mes amitiés et bisous,

Monique MERABET 02/09/2012 15:08



Bonjour Brigédouce


Merci de partager avec moi ces ris. Ici ils m'accompagneront jusqu'à l'été.



monika 27/08/2012 16:39


 


Un haïku peut-il être triste ?


Bien sûr, Monique ! Un haïku peut témoigner, évoquer, partager tous les sentiments, tous les états d'ame (à mon humble avis). Tant de haïku tristes, nostalgiques, découragés ... mais aussi
dubitatifs, inquiets, furieux même, chez les grands maîtres japonais - et chez les grands haïjin contemporains. Rien de ce qui émeut l'âme humaine est étranger au haïku, je crois. Ce qui compte,
à mon avis, c'est l'authenticité de l'émotion.

Monique MERABET 27/08/2012 19:25



Merci pour ton éclairage Monika! Je sais bien que tout peut s'exprimer dans un haïku... tant qu'il y a la "sincérité de l'émotion".


Mais dans l'exemple que j'ai choisi, ce premier iris, il me semble que mon humeur du jour "déforme" un peu l'expérience vécue. L'éclosion d'une fleur devrait engendrer l'émerveillement plutôt que
la nostalgie. Enfin, du moins, c'est cette dimension de joie que je voudrais faire passer dans mes haïkus. Je ne sais pas trop, mais j'ai eu un peu l'impression "sacrilège" de gâcher ce bonheur
qui m'était offert et que je n'ai pas su saisir.



Marcel Peltier 27/08/2012 08:16


Je comprends très bien.


 


+


Pas un bruit.


Les toits des maisons


ont roussi.


+


 


Amicalement.

Monique MERABET 27/08/2012 19:16



Merci Marcel!Très beau ton haïku empreint de spiriyualité.