Carnets de vacances (4)

Publié le par Monique MERABET

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BÉBOURG D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

 

 

 

 

 

Aiguilles des cryptomerias

les oiseaux chanteurs

se sont cachés où ?

 

Je n’ai pas vu un seul oiseau à Bébourg, hier. Je les ai seulement entendus tout au long du sentier boueux qui jouait aux montagnes russes au milieu des fougères arborescentes.

 

Cimes des fougères

mes pensées suivent

un entrelacs de racines

 

 Mais aucun ne s’est approché, accessible à mes regards. Pas de crapauds non plus malgré quelques coassements velléitaires. Seuls les arums déployaient leur blancheur ça et là… et puis ces petites fleurs mauves jamais rencontrées auparavant.

 

Arums piétinés

je vais les replanter

décide l’enfant

 

Oui, cela m’a fait drôle, cette forêt sans traces d’animaux. Mais cela n’a pas gêné les plus jeunes : une partie de mille bornes, une séance de manucure… cela suffit à leur bonheur.

 

Après le « Mille bornes »

l’heure du pique-nique

- c’est nul, dit la petite

 

Mon zanbrokal pommes de terre, le poulet rôti à l’ancienne, n’ont pas fait le poids devant un paquet de chips… Peut-être les piafs d’aujourd’hui à l’image des enfants d’aujourd’hui, boudent-ils aussi ces mets trop traditionnels. Il y a cinq ans, en décembre 2007, pourtant :

 

 

Marmite zanbrokal

sur la table du pique-nique

un tuit-tuit sautille

 

Autre temps autre mœurs ! Et, à défaut de pouvoir désigner les plantes par leur nom latin, une petite citation « pages roses » (oui ! oui ! j’ai encore ça, moi, Monsieur GOOGLE !) : O tempora ! O mores !

 

Marmay koméla

bate karé dan la foré

san toush in goyavié !

 

Pour moi le bonheur, c’est de m’enfoncer dans un petit sentier au milieu des fanjans et des troncs moussus, de m’arrêter pour photographier cette dentelle d’une fougère, le carmin de cette feuille dans un creux de mousse, ce petit bonhomme de paille se balançant dans un goyavier, l’ombre incluse dans la blancheur d’un arum…

Je me laisse distancer, ce n’est pas bien difficile : leurs jeunes jambes s’impatientent à qui arrivera en tête. Me laisser distancer pour profiter du silence seul complément valable à la sérénité de cette cathédrale végétale.

 

Le chant de l’oiseau

ne blesse pas le silence

il le sanctifie

 

En bonne grand-mère d’antan, j’avais apporté des feutres, un cahier, un livre pour apprendre à dessiner. Je m’voyais déjà m’inspirer de leurs dessins pour écrire un haïku que je pourrai partager avec elles… Las !

 

Balade en forêt

jamais sans ma trousse

de vernis

 

Ce sont les ongles donc qui se sont trouvés peints en bleu, en rose, en anthracite, lissés, craquelés, dynamiques… Un autre monde d’enfance! Mes petites demoiselles babillent à qui mieux mieux, lancées dans un jeu qui m’est hermétique, un jeu calqué sur ce qu’elles vivent, l’école, la télé, les parcs de loisir… Elles m’ont demandé de  photographier leurs menottes de fées.

 

Rides du tronc

quatre menottes exposent

ongles bleus, ongles roses

 

(Monique MERABET, 3 Août 2012)

 

NB : La forêt de Bébourg est un lieu de pique-nique et de balades très fréquenté par les familles réunionnaises

 

 

 

 

Publié dans Haïbuns

Commenter cet article

Mariposa 17/08/2012 08:56


Merci pour les informations Monique !


Au Bénin aussi, on mange souvent les haricots en les mélangeant avec du riz !

Mariposa 16/08/2012 11:59


Je ne sais pas ce qu'est le zanbrokal mais il me fait bien envie !


Tes haïkus sont très beaux. J'ai eu un coup de coeur pour celui du chant de l'oiseau qui ne blesse pas le silence.


Il y a quelques jours, nous nous sommes promenés dans les bois avec mon chéri et nous en avons rapporté une souche dévorée de mousse dont les entrelacs du reste de tronc mais surtout les débuts
de racine un peu cornus nous avaient touchés tous les deux. Elle sourit désormais dans mon massif de fleurs, à 600 km du bois où elle nous a appelés ...

Monique MERABET 17/08/2012 07:04



Ah! Le zanbrokal!


La base de la cuisine traditionnelle réunionnaise est du riz et des "grains" (haricots, pois, lentilles...). Pour un pique-nique, on fait un raccourci en mélangeant les deux ingrédients : plus
pratique à emporter!


Et parfois, aussi, on remplace les "grains" par des pommes de terre.


Et finalement, zanbrokal, est un peu devenu synonyme de mélange.



monika 11/08/2012 16:46


Eh ben ! Se faire les ongles, lors d'un pique-nique qui leur offre pourtant des tronc moussus, des fougères arborescents, des arums... Eh ben.


Tu m'en vois bouche-bée et un peu déçue.


Suis-je trop vieile pour la comprendre, cette jeune génération ?


Parmi tes haïku/senryû, mon préféré est celui ou la petite dit c'est nul. Ça résume !

Monique MERABET 13/08/2012 07:53



Déçue, non, pas vraiment! Chaque enfance a ses règles, ses modèles... Ce qui est important, c'est que nos enfants soient épanouis et communicatifs.


Pour le "c'est nul", il s'agit d'une petite fille qu'il faut un peu forcer à manger. L'instant repas n'est pas celui qu'elle préfère, donc.



Danièle 11/08/2012 11:48


Je récris mon premier commentaire qui n'apparaît pas :


Je me régale toujours autant à te lire Monique. Encore beaucoup de fraîcheur, de vie et de sensualité ici !

Monique MERABET 13/08/2012 07:47



Merci Danièle.



Danièle 11/08/2012 11:46


Monique,


Viens lire la nouvelle sur mon blog !