Dimanche, on tourne... les pages (21)

Publié le par Monique MERABET

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LE CAMPHRIER IRRADIÉ

(TSUTOMU YAMAGUCHI)

 

 

 

 

 

Ce recueil de tankas édité par « Les Éditions du tanka francophone » ( www.revue-tanka-francophone.com )constitue un précieux témoignage sur ces journées apocalyptiques que furent les bombardements atomiques des 6 et 9 Août 1945 à Hiroshima et Nagasaki.

L’auteur, doublement irradié, raconte en scènes hallucinantes ces jours de deuil humanitaire où l’irrémédiable fut accompli. Souvenirs indicibles qu’il a essaimés dans les nombreux tankas écrits tout au long de sa vie. Ses textes, décrivant sans fard ce qu’il a vécu lui-même au cours de sa longue existence (il est mort en 2010 à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans), ce qu’il a aussi observé autour de lui parmi toutes ces populations atomisées et souffrant dans leur chair, dans leur âme.

 « Mes anniversaires reviennent cette année encore », écrit-il.

Tant de temps a passé, depuis, et l’on finit par banaliser ces souvenirs du jour où un de ces « Messieurs qu’on nomme grands » a osé…

Alors, lire « Le camphrier irradié » est devoir de mémoire, devoir de respect envers cet homme qui a voulu témoigner, dire, ce que l’être humain renferme de mal et d’inconséquence. Dire l’horreur pour que… plus jamais ça.

C’est en tout cas le dessein de Tsutomu Yamaguchi dont le récit de ses deux expériences atomiques vécues se termine ainsi :

 

« Nous éprouvons vivement le devoir et la responsabilité de laisser nos précieux témoignages pour prévenir l’humanité des dangers des bombes atomiques. »

 

Les tankas sélectionnés pour ce recueil sont tableaux objectifs, graves et durs dans leur nudité factuelle, parfois teintés d’humour… Jamais de haine ou de récrimination. Je m’incline devant cette élégante dignité.

 

J’imagine

plaisante une mort

qui approche tranquillement –

On meurt

quand il faut mourir

 

(Monique MERABET, 19 Mai 2013)

 

 

Publié dans LIRE

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Monika 23/05/2013 19:21


C'est bon que tu signales ce recueil, Monique. Je conclue de ton petit texte que tu trouves les traductions et adaptations - en autant que tu puisses en juger - convainquantes.

Monique MERABET 24/05/2013 19:19



Oui... autant que je puisse en juger! Sur un tel sujet, ce qui compte c'est la sincérité de l'auteur et aussi la simplicité avec laquelle il parle de cette horreur! C'est bien aussi aux
traducteurs d'avoir fait publier ces tankas pour qu'on n'oublie pas.



claude Guillon-Labetoulle 20/05/2013 20:57


Merci Monique de nous faire connaitre ce recueil qui est un bijou de pudeur et de délicatesse dans notre monde clinquant et brutal. Tout est dit en si peu de mots! Il m'a d'autant plus émue
que la semaine précédente je venais de revoir pour la dix ou douzième fois Hiroshima mon amour, film d'Alain Resnais, du temps de ma folle jeunesse qui montrait l'horreur du désastre et sa
cause ( les cerveaux fêlés pétris de haine & de bêtise)...L'âge venant je commence à désespérer de voir un jour les peuples ' se souvenir' au sens vrai du terme car les commémorations
semblent de plus en plus frappées du sceau du formalisme vide de sens. Combien de fois a-t-on entendu "plus jamais ça" ?Heureusement nous reste la poésie.


claude

Monique MERABET 21/05/2013 12:51



Je vois que tu as autant apprécié que moi. Quant à l'exemplarité... héas!