Dimanche, on tourne... les pages (22)

Publié le par Monique MERABET

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KAFKA SUR LE RIVAGE

(Haruki MURAKAMI)

 

 

 

Un roman envoûtant, fantastique, captivant, époustouflant… Ces épithètes reviennent souvent lorsqu’on lit des rubriques consacrées aux ouvrages de Murakami.

Je suis de ceux qui se laissent envoûter, captiver par l’univers romanesque très particulier de ce formidable écrivain. Et j’ai dévoré « Kafka sur le rivage » avec le même plaisir de lire renouvelé à chaque page de ce livre où l’on n’a pas le loisir de s’ennuyer, c’est le moins qu’on puisse dire.

En filigrane le destin d’Œdipe, le récit se déroule dans un monde où il se passe d’étranges choses, un monde où il paraît « logique » de dialoguer avec un chat ou une pierre, un monde où il est quasi impossible de séparer le réel du rêve. Ainsi, cette malédiction à laquelle est voué Kafka, le jeune héros du roman, se réalisera point par point de façon réelle… ou métaphorique :

« Tu veux dire te rapprocher « réellement d’une vérité métaphorique ou te rapprocher métaphoriquement d’une vérité réelle ? » demande l’énigmatique Melle Saeki.

D’autres personnages énigmatiques émaillent le récit comme Nakata un vieil homme devenu amnésique ou ce colonel Sanders, descendu tout droit d’une affiche publicitaire… Des événements mystérieux eux aussi apparaissent : pluie de sangsues, ou encore cet inexplicable évanouissement qu’ont subi des enfants.

Et se déroule un jeu subtil avec le destin qui pousse les personnages à suivre une route qu’on découvrira quand il le faudra !

« Je pense qu’on comprendra quand on y sera » dit Nakata.

Et cette citation de Tchékov, chère à Murakami et que j’ai retrouvée dans 1Q84 : « Si un révolver apparaît dans une histoire à un moment donné, il faut que quelqu’un s’en serve. »

Aucune solution « raisonnable » ne sera proposée aux interrogations que suscite ce roman : à nous d’en imaginer une à partir de nos propres clés.

Les routes du destin conduisent aussi bien au bout de notre imaginaire, des peurs, des désirs enfouis au fond de nous. Á nous de nous laisser emporter (ou pas) au sein de cette majestueuse pérégrination.

Une autre des raisons – et non des moindres – qui me fait aimer l’univers de Murakami, c’est que les livres ne sont pas loin ; ici une bibliothèque qui joue le rôle de cocon originel, de pivot central qui permettra au jeune ado de « mûrir », de réintégrer sa place dans le monde réel.

« En d’autres termes, tu devras vivre en ta propre bibliothèque. » lui dit son mentor Oshima.

Murakami a aussi une jolie façon de parler de la musique, de la littérature, de la création poétique :

« Elle a saisi au vol les mots comme on attrape délicatement les ailes d’un papillon voletant autour de soi. »

 

« Si les mots ne parviennent pas à se frayer un chemin prophétique, à traverser un tunnel les reliant à la conscience du lecteur, cela n’a plus grand-chose à voir avec un poème. »

 

Belle réflexion à méditer…

 

(Monique Merabet, 26 Mai 2013)

Publié dans LIRE

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Mariposa 06/06/2013 22:40


C'est la seule fois que cela m'est arrivé Monique ! Cela m'arrive de temps en temps de ne pas finir des livres ou de tout juste les entamer s'ils ne parviennent pas à m'emporter. Mais là, je ne
sais pas, des personnes dont je partage les goûts et les intérêts m'en avaient dit tellement de bien que je me suis dit que j'avais dû louper quelque chose ! Peut-être n'étais-je pas dans le bon
état d'esprit à la première lecture ?

Mariposa 06/06/2013 01:40


Roman lu il y a quelques années déjà. Deux fois d'affilée ! Et oui. Parce que c'était la toute première fois que je lisais Murakami, qu'on m'en avait dit le plus grand bien mais que je ne
connaissais ni son style ni son univers. Alors la première lecture m'a laissée frustrée, je ne comprenais pas ... A la deuxième lecture, je me suis simplement laissée porter. J'ai adoré et depuis
j'aime beaucoup lire Murakami de temps en temps.

Monique MERABET 06/06/2013 18:59



J'admire ta persévérance à relire ce qui t'a rebuté la première fois.



Monika 26/05/2013 20:07


Comme je suis un peu refractaire aux écrits de Murakami (pour avoir essayé à quelques reprises de le lire, sans succès), j'ai cherché sur le merveilleux world wide web si l'on ne pouvait pas
avoir accès à au moins quelques-unes des pages de ce roman dont tu parles si bien, Monique. Malheureusement, ce coup d'oeil à l'intérieur d'un livre, que nous offrait jadis naguère Amazon, par
exemple, ne semble plus possible. Il faut acheter la version électronique pour Kindle, maintenant - chose que je ne ferai certainement pas. Mais la prochaine fois que je serai dans ma librairie
préférée, si Kafka sur la plage s'y trouve, j'y lirai quelques pages - pour voir si l'écriture me convainc autant qu'elle l'a fait pour toi !

Monique MERABET 28/05/2013 19:16



Ah! Murakami n'est pas un auteur "facile": on n'entre dans son jeu ou pas. Je connais d'autres personnes qui ont été rebutées par "Kafka sur le rivage".


Pour Amazon, je ne savais pas qu'on n'avait plus la possibilité de découvrir les ouvrages simplement. Moi aussi je suis réfractaire à kindle. Décidément, cela va de plus en plus mal dans le monde
du livre.