Envie de lire (17)

Publié le par Monique MERABET

Monique-119.jpg

 

 

LA COLÈRE DES AUBERGINES

(Bulbul Sharma)

 

 

Treize nouvelles… comme les treize desserts de Noël provençaux, à déguster de bout en bout.  Treize portraits de femmes indiennes soumises aux diktats d’une société indienne où la domination mâle se fait encore rudement sentir. Mais ne nous leurrons pas, le sexisme est toujours latent dans nos sociétés occidentales. Et ces femmes nous ressemblent beaucoup, elles qui doivent jongler avec les travers de leur monde, entre traditions et interdits, afin de se faire une place « vivable ».

Les récits sont tous percutants, souvent drôles comme cette pauvre Reshma et son pesant de sucre… toujours attachants aussi ; j’aurai une mention particulière pour « Les affres sans fin de la faim » de la malheureuse Sumitra, jeune veuve affamée par le deuil drastique imposé par sa belle-mère.

 La plume incisive de Bulbul Sharma fait mouche à tout coup en captivant le lecteur par mille anecdotes pittoresques. Mais aussi par sa façon de fouiller, de fignoler ses portraits (de femmes essentiellement) : elle donne à chacune une réalité, une présence forte. Tous les sentiments humains se dévoilent tour à tour : amour ou haine, colère, révolte, gourmandise, insouciance…  Et chaque lectrice peut partager sans peine les avatars des héroïnes…. Voire s’y reconnaître

J’aime beaucoup l’humour dont fait preuve la narratrice. Les situations du quotidien pas toujours réjouissant sont croquées avec légèreté et font naître le sourire. Il n’est pas question de s’apitoyer… au contraire, la faculté de se moquer de soi-même est souvent salutaire.

Et puis, l’originalité de cet ouvrage c’est l’insertion des recettes que j’ai lues avec plaisir, tant elles sont évocatrices des senteurs, des saveurs de la gastronomie indienne. Mais pour y avoir goûté, je me garderai bien de me lancer dans la réalisation de ces mets raffinés dans leur plus extrême simplicité. Je ne veux pas risquer de les dénaturer par mes défauts de cuisinière brouillonne et toujours pressée. Ces recettes-là méritent minutie et disponibilité.

Qu’elles demeurent enchâssées dans ce recueil don les nouvelles se trouvent enchantées par la puissance de leur mystérieux attrait.

 

(Monique MERABET)

Publié dans LIRE

Commenter cet article