Dimanche, on tourne... les pages (28)

Publié le par Monique MERABET

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LES AMANTS DE BYZANCE

(Mika WALTARI)

 

 

 

Ah! Les vacances... Et si ma chronique prenait des allures de vacances elle aussi? Et si elle se mettait à la couleur coquelicot comme ces fleurs qui me font tant rêver et qui me font voyager rie qu'en les imaginant?

De toute façon, ce livre, je le relis souvent et c'est donc toujours une nouveauté.

(Monique MERABET, 14 Juillet* 2013)

*un 14 juillet, en plus, j'ai bien le droit de me reposer un peu et de lire un de ces petits romans sentimentaux dont je tairai et le titre et l'auteur. Chut!!!!!!!!!!!!!

 

Quatrième de couverture

 

Depuis avril 1453 les forces du sultan Mohammed II se sont lancées à l’assaut de Constantinople, dernier vestige de l’empire byzantin. Depuis un millénaire, la fière cité s’est dressée devant les Perses, les Arabes, les Latins même. Elle a maintes fois repoussé ceux qui l’ont assiégée. Mais, aujourd’hui, exsangue, à bout de ressources matérielles et humaines, elle vit ses derniers jours.

Derrière ses remparts défendus par 8000 soldats, marins, mercenaires, moines et marchands, les luttes continuent entre Grecs et Latins, entre Byzantins et Vénitiens ou Génois, entre le pouvoir impérial et les manœuvres de l’aristocratie qui préfère les Turcs à l’alliance avec la Papauté.

Parmi ces aventuriers venus de tous les pays, un homme que l’on nomme Jean l’Ange semble être ici pour chercher une fin qu’un destin invisible paraissait toujours lui promettre. Ancien familier du sultan, il est suspect aux yeux de tous, sauf peut-être, pour d’obscures raisons, à ceux de son vieux serviteur.

Mais le destin joue souvent avec les mortels : il offre à celui qui ne cherche que la mort un amour impossible en ces temps de fin du monde.

Un très beau roman par l’auteur de Sinouhé l’Égyptien.

 

Mon avis :

 

Mika Waltari est un auteur finlandais qui nous a donné toute une série de romans historiques remarquablement écrits.

« Les amants de Byzance » est pour moi sans conteste le plus beau, le plus poignant aussi. Les derniers jours de Constantinople nous sont relatés avec minutie sous la forme d’une sorte de Journal tenu scrupuleusement par le héros Johannès Angelos. Cette forme littéraire permet de rendre à merveille la sombre atmosphère de ces jours de fin du monde : fin d’un monde en tout cas, celui de l’empire byzantin.

Nul doute que l’auteur ait respecté dans les moindres détails ces « derniers jours » de la cité. Nous assistons aussi aux querelles opposant les différentes parties en principe vouées à la défense de la ville.

La forme de « journal » permet de centrer l’intrigue sur cet Ange mystérieux dont l’extraordinaire destin ne sera révélé qu’à la fin de l’ouvrage. Le lecteur peut suivre, le cheminement spirituel de cet homme dont la destinée sera scellée avec celle de sa ville.

Le livre serait déjà fort intéressant pour sa vérité historique et son incursion dans les méandres des âmes des protagonistes. Mais l’auteur nous offre un époustouflant miracle : celui d’un amour (qu’on devine impossible dès la première rencontre) d’une force et d’une pureté qui illuminent l’ambiance sombre du roman.

Magnifique fulgurance des paroles et des sentiments qui confèrent à cet amour la plénitude et l’accomplissement malgré les heures brèves accordées à Angelos et à Anna.

Les dialogues entre les deux amants que tout sépare, sont ciselés, percutants et vont à l’essentiel : on se croirait en plein cœur d’une tragédie grecque.

Pour moi, un des meilleurs ouvrages de ma bibliothèque. Un livre que j’ai lu et relu avec toujours le même enchantement.

(Monique MERABET)

 

Citation : ce passage est certainement le plus beau texte qu’il m’a été donné de rencontrer au cours de mes nombreuses et éclectiques lectures.

 

Je contemplais l’étoile en moi, les yeux fermés. Les limites du temps et de l’espace s’abolirent. Mon sang battit plus faiblement dans mes veines. Mes membres se glacèrent.

Mais Dieu n’est pas le Froid.

L’étoile en moi s’ouvrit en un flamboiement infini. Une brûlante extase roula sur moi en vagues frémissantes.

Mais Dieu n’est pas la Chaleur.

Je fondis dans une blancheur aveuglante, j’étais clarté dans la clarté, lumière dans la lumière.

Mais Dieu n’est pas la Lumière.

Et les ténèbres vinrent. Plus noires que la nuit de la terre. Plus silencieuses que le silence. Plus miséricordieuses que la grâce. Je disparus dans les Ténèbres.

Puis il n’y eut plus ni chaleur ni froid, ni lumière ni ténèbres. Il n’y eut plus que le non-être. Dieu était en moi, j’étais en Dieu.

Dieu était.

 

Je tenais une petite pierre à la main. Quand mes doigts se relâchèrent, elle tomba entre mes genoux. Ce bruit me réveilla. Mon extase n’avait duré que le temps de la chute d’une pierre. Quand l’homme éprouve Dieu, il n’y a pas de différence entre un instant et une journée entière. Dans la réalité de Dieu le temps n’existe pas.

 

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