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Publié le par Monique MERABET

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Nuits au bord de l’O

(Haïkus de isabel Asùnsolo et Éric Hellal)

 

 

 

Par ces cinq sept cinq éclos d’un cinq à sept, nous entrons dans une galerie de miroirs et de jeux : les faux haïjins se font piquer par de vraies puces, les poils masculins se déguisent en féminins, ou l’inverse, les ombres de profil font l’amour sur le mur, mais chambre 14 ou chambre 4 ? à Anvers ? non… plusieurs œuvres ? une seule nuit ?...

La tache nacrée du haïku, espagnol… français, rend hommage à un de ces petits hôtels au bord d’une écluse où s’abrite l’amour, comme dans un film en noir et blanc.

 

                                                                                                          Jean Antonini

 

Mon avis :

 

Un petit miracle que les haïkus-bonheurs des Nuits au bord de l’O ! De leurs voix mêlées, entremêlées, inextricablement liées, Isabel et Éric nous confient les instantanés de leurs escapades romantiques au bord de l’eau. Un lieu magique avec juste ce qu’il faut d’irréel pour laisser place à la rêverie. Un rendez-vous pour amoureux qui veulent échapper à l’emprise d’un banal quotidien. Une parenthèse hors l’espace et hors le temps que le crayon aérien d’Isabel vient tout de même ancrer dans la réalité… haïku oblige !

J’ai gardé une lumineuse impression d’une histoire qui se fraie un chemin à travers le jeu de saute-haïkus au fil des pages…  C’est la première fois qu’en parcourant une suite de haïkus j’éprouve la sensation de me trouver plongée au cœur d’un véritable récit, un peu comme si je lisais un haïbun à la prose muette.

Ces petits joyaux teintés d’érotisme (mais s’ils n’avaient pas cette couleur-là, ce serait bien surprenant et… désolant), j’aime… j’aime… j’aime… Comme j’aime tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, tout ce qui me fait croire que l’amour existe.

D’ailleurs, au long de ma lecture, ces vers d’Aragon chantés par Jean Ferrat ont trotté dans ma tête. Les voici, en guise de conclusion :

« J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne

Qu’il fait jour à midi qu’un ciel peut être bleu

Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne

Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne

Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux

Tu m’as pris par la main comme un amant heureux. »

 

Et le haïku qui clot le recueil,  Pour vous donner envie d’aller rencontrer les autres.

 

hôtel zéro étoile

il y eut certaines nuits

toute la lune

 

Nuits au bord de l’O est une publication AFH (Association Française de Haïku) dans la collection Solstice : www.afhaiku.org   

 

(Monique MERABET 14 Juillet 2011)

 

 

 

 

 

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