HARMONIE DU JOUR

Publié le par Monique MERABET

Photo-861.jpg

 

HARMONIE DU JOUR

 

 

 

Corolle suspendue

comprendre à travers elle

l’harmonie du jour

 

Si je voulais attribuer une couleur au jour, aujourd’hui ce serait : BLEU. Bleu liseron qui plus est !

La grâce de ces fleurs se balançant au bout de l’antenne rouillée, une antenne antédiluvienne fixée au balcon depuis des lustres, depuis les premiers temps de la télévision dans l’île sans doute. Je ne me suis jamais occupée de savoir quelle parabole, quel câble, quelle numérisation peut remplacer ce râteau métallique dont je ne remarque plus l’anachronisme : il y a longtemps que je n’ai plus de télé. Un objet obsolète qui ne sert plus à rien, sinon de perchoir pour les oiseaux ou de balancelle pour liseron.

Jour de printemps sans un souffle de brise. Les liserons ont gardé leur habit d’hiver, couverte de duvet argenté protégeant les tiges. Il me semble que les lianes de Février qui s’entortillent un peu partout et qui poussent leurs vagues bleues sous mes fenêtres, ont un aspect lisse et – comment dire ? – une sobriété minimaliste dans leur consistance fibreuse. Rien à voir avec la tendresse de ces pousses pelucheuses.

J’ai envie de les caresser mais je n’ose, de peur de déranger leur fragile pilosité. Si j’approchais la main, frémiraient-elles ? Se couvriraient-elles de chair de poule ? Les verrais-je horripilées ?

 

Liseron oscillant

peut-on se balancer

sans vent ?

 

Et comment dire, sans l’altérer,  la grâce de cette trompette translucide, dansant au souffle d’une brise indétectable à mes sens, d’un vent discret que seul peut ressentir le liseron ? Mes mots ne sont pas suffisamment aériens pour cela.

Que ressent-elle la fleur, ainsi libérée des habituels supports ? La joie de flotter dans le vide, l’excitation de découvrir des sensations que ne connaîtra jamais sa sœur plus timide accrochée sagement au grillage ?

 

Plants de coquelicot

le dessin des feuilles miniatures

me suffit

 

Dans la même jardinière que les liserons, mes plants de coquelicot, toujours vifs depuis trois mois, même s’ils n’ont guère grandi… ils arborent de vraies feuilles aux lobes étroits et dentés.

Seraient-ce les coquelicots qui ont poussé les liserons à de telles acrobaties ? Qui leur auraient soufflé une pensée sauvageonne pour égayer un peu l’ordre des habitudes ?

Mon cœur se dilate à suivre les oscillations de la fleur. Peut-on se balancer sans vent ? Peut-on vivre si intensément, rien que par la grâce éphémère d’un liseron ?

 

Ce ciel si bleu

j’ai distingué des abeilles

aux fleurs du manguier

 

(Monique MERABET, 20 Août 2013)

  

 

 

Publié dans Haïbuns

Commenter cet article

Mariposa 29/08/2013 14:05


Le mien aussi !

Mariposa 28/08/2013 12:25


Que c'est beau Monique !


Beau, léger, doux et même ... aérien !


Le titre "Harmonie du jour" est-il un clin d'oeil à "Harmonie du soir" de Baudelaire ?

Monique MERABET 29/08/2013 12:27



Merci Patricia. Baudelaire, bien sûr, il n'est jamais loin derrière quand je "poétise" un peu. Baudelaire, mon poète préféré.



Marcel 21/08/2013 09:44


Un beau texte poétique agrémenté de haïkus gracieux.

Monique MERABET 21/08/2013 15:29



Merci Marcel pour le compliment. Je suis vraiment fière d'écrire des haïkus "gracieux"