Je ne sais pas

Publié le par Monique MERABET

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JE NE SAIS PAS

 

 

 

Les oiseaux sur le fil : aujourd’hui est un jour qui chante, un jour qui vit. Un jour à bonheurs du jour.

Celui d’hier : cette photo du magnifique lilas des amis de Beauvais, si éblouissant que j’en ai senti le parfum enivrant !

Et celui de ce matin, c’est tout simplement d’être là à écrire dans la fraîcheur de Juin.

 

Bonheur du jour

chaque grain de riz

pour un moineau

 

J’aime quand les oiseaux font vibrer leurs ailes en vol stationnaire : attente qu’une place se libère pour l’atterrissage sur le plateau de riz. Voilà encore quelque chose que je ne sais pas faire.

Les oiseaux, eux, savent tout faire. Même siffler des haïkus. Il suffit de compter cinq-sept-cinq à défaut de les comprendre.

 

Frêles pattes accrochées

à l’arête du mur

petit piaf attend

 

Tiens ! Ce gros oiseau belliqueux qui ne laisse aucun autre s’approcher de la mangeoire tant qu’il ne s’est pas rempli le jabot, c’est peut-être lui, le cardinal d’hiver. Il n’a pas la calotte noire comme les autres moineaux. Quand donc me déciderai-je à apprendre à les distinguer sans me tromper, en toutes saisons ? Est-ce parce que je suis réfractaire au kigo ?

Je laisse volontiers s’éterniser mes états d’ignorance : procrastination intellectuelle qui vient doubler la procrastination que j’applique assidument, jour après jour, quant il s’agit des tâches à accomplir. Je relève dans la lettre d’amie reçue hier : « … et je n’ai pas fait le ménage. Ou plutôt – puisque je chasse les phrases négatives – JE VAIS faire le ménage. » (sic)

Heu… Moi, ce qui me serait positif ce serait de dire « et je ne vais sûrement pas faire le ménage »… Auto dérision, auto dérision, bien sûr… Sinon, ce serait grave, n’est-ce-pas ?

Grave ? Peut-être que non, après tout. Je regarde un ballet (pas balai !) de nuages : pas de deux des filaments qui se tortillent à l’unisson, qui fusionnent et finissent par s’effacer. Parade de nuages amoureux. Pour vivre heureux vivons cachés

 

Les fleurs pour Doria

longuement le téléphone

personne ne répond

 

Hier soir je ressentais tous ces deuils, ces mauvaises nouvelles des derniers jours comme autant de déchirures au ciel de la vie. Mais les nuages sont là pour tout raccommoder.

Le raccommodage, ça non plus, je ne sais pas le faire. Et j’ai bien raison de ne pas même essayer.

 

Nuages du ciel

s’étirent, s’étirent

puis disparaissent

 

(Monique MERABET, 4 Juin 2013)

 

Publié dans Haïbuns

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Danièle 06/06/2013 14:18


Au diable raccommodage et ménage quand l'écriture est belle !

Monique MERABET 06/06/2013 18:56



Merci pour ton appréciation sur mon écriture. Heureusement que tu ne vois pas le reste!



Marcel 05/06/2013 07:55


Un récit attachant agrémenté de haïkus de qualité (rêverie d'un promeneur solitaire).


+


la perruche à collier


se cache dans le vert des arbres -


le temps suspendu


+


 

Monique MERABET 06/06/2013 18:41



J'aime beaucoup ta perruche. Verte? La troisième ligne est particulièrement pertinente.