L'art ou la guerre

Publié le par Monique MERABET

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L’ART OU LA GUERRE.. ET LES MATHÉMATIQUES

 

 

 

Je viens de terminer la lecture de cet indigeste pavé qu’est L’art français de la guerre d’Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011.. Verbeux aussi, à se demander s’il y a encore des comités de lecture dans ces grands machines éditoriales. Á mon avis, voilà un ouvrage qui aurait pu être réduit de moitié, ce qui aurait constitué un beau geste écologique. Combien d’exemplaires ?

On l’a compris. Je n’ai pas aimé. Je n’ai pas aimé le style alourdi par les répétitions (au n-ième « nuage en duvet de cygne », on éternue) par cette étrange concordance des temps prise.. à contretemps. Quant au fond, quelques vérités sur la bêtise coloniale et la dégénérescence induite sur les consciences ne m’apportent pas grand-chose : il y a longtemps que je me suis fait une opinion sur toutes ces « guerres » françaises qui n’osent pas toujours dire leur nom.

Sans aucune portée philosophique, ce roman n’a guère de portée pédagogique non plus. Il ne dénonce pas et, mis à part quelques éclats velléitaires du narrateur (l’auteur ?) il reste dans un flou « tous bourreaux, tous victimes »… J’allais écrire « tous héros ». Mais non ! C’est là que les genres se différencient : les héros (à l’image du personnage Salagnon) sont du côté des paras, de ceux qui ont fait l’Indochine, qui ont fait l’Algérie, la fine fleur de notre belle Armée Française. Alors que les exactions des autres (d’eux) sont complaisamment détaillées, les abominations commises au nom de la pacification, elles, sont seulement suggérées (et encore… des massacres pourtant historiquement établis passés sous silence). Le héros parachutiste Salagnon est toujours droit dans ses bottes, bien sanglé dans son uniforme léopard ; il survit à ses opérations et peint pour oublier ses états d’âme…  Ce n’est que dans les dernières pages que sont glissées sans s’attarder, presque négligemment, comme si elles n’avaient pas grande importance ces phrases terribles :

« Ce monde nous avons accepté de le défendre, il n’y a pas de saloperie que nous n’ayons faite pour le maintenir. » et « Il ne fallait pas venir ; je suis venu. »

 

Comment peut-on ^peindre et torturer ? Comment peut-on se dire poète et piloter un avion bombardier ? Comment peut-on se dire « chrétien » et bénir les armes ? Ces interrogations me sont personnelles. Elles ne figurent pas dans le livre…

 

Oui, je me suis toujours posé ces questions qui n’auront jamais de réponse puisque à en croire ce qui se passe dans le monde, l’art de la guerre n’est pas près d’entrer au musée des choses disparues. Et la prestance de nos «  braves petits gars » qui défendent de prétendues valeurs (celles des marchands d’armes ?) fascine toujours.

Je ne cherche pas à polémiquer sur la nécessité de se défendre peut-être au prix d’autres vies. Mon esprit, ma conscience de Française sont formatés par la conviction qu’il fallait combattre le nazisme. Mais qu’y a-t-il de glorieux à aller porter le feu et le sang dans des pays déjà éprouvés par la haine et le fanatisme ? Qu’allons-nous défendre sinon les intérêts des puissances économiques, chez des populations qui ne nous ont pas attaqués et qui ne nous ont rien demandé ?

Mais au-delà de cette répugnance à ôter la vie à des frères de chair et de sang et de douleurs – Le « Tu ne tueras point » du décalogue reste pour moi un critère essentiel d’humanité – ce qui me semble le plus pernicieux c’est cette sujétion d’obéissance aveugle, ce décervellement auxquels sont soumis les soldats : « Ne pensez surtout pas. Vos « supérieurs » pensent pour vous »

Je me souviens, dans les années soixante-dix, alors que j’étais étudiante, avoir rencontré un jeune engagé dans la Légion étrangère. Dans ma naïveté d’étudiante soixante-huitarde (que je ne rougis pas d’avoir gardée) je lui demandai si cela ne le gênait pas d’aller sur ordre, tuer des gens ici ou là dans le monde. Sa réponse m’a fait froid dans le dos en même temps qu’elle me remplissait de pitié à son égard.

« Non, cela ne me gêne pas ; mon métier c’est d’obéir. Et puis, c’est comme pour toi. Si on t’envoie enseigner dans telle ou telle ville, tu iras. »

Ciel ! Combien de malheureux potaches ai-je « tués » (d’ennui) avec mes cours de mathématiques ?

 

(Monique MERABET)

 

Publié dans LIRE

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Jocelyne 01/02/2012 16:50


Merci Monique pour cet article, qui m'interpelle (pas le bonquin, mais ta pensée).


Biss

monika 28/01/2012 15:42


Merci Monique ! Ça m'évitera d'essayer de lire ce bouquin qui a pourtant - à moins que je me trompe - gagné un prix littéraire... non ? Les jours sont longs, mais la vie est courte...
cette vérité me pousse de plus en plus à réserver mon précieux temps de lecture pour des livres qui en valent vraiment la peine.

Monique MERABET 29/01/2012 14:59



Monika, merci pour tes visites. Mais je ne voudrais pas jouer les empêcheues de lire. Habituellement je ne consare un article qu'aux ouvrages qui me plaisent et que je voudrais faire découvrir.
Là, j'ai surtout voulu exprimer quelques petites choses qui me tiennent à coeur.