L'orthographe du haïku

Publié le par Monique MERABET

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L’ORTHOGRAPHE DU HAÏKU

 

 

 

 

Réveil du dimanche

s’élève la note unique

d’un oiseau solitaire

 

La pureté du chant  domine la bouillasse symphonique du radioréveil. C’est dimanche.

Je suis contente de retrouver le ciel bleu. Les oiseaux aussi, je crois qui enchaînent leurs joyeux trilles. C’est dimanche.

Trille : mot masculin. Sur sa mine de « ille » je lui avais octroyé l’autre genre. Maintenant je sais. On apprend l’orthographe aussi en pratiquant le haïku.

Comme pour « fuchsia » que j’orthographie maintenant correctement du premier coup (il vient du nom du botaniste allemand Léonhart Fuchs). Ce sont les belles de nuit qui m’ont appris.

Belles de nuit, justement : ne pas mettre de traits d’union surtout, sinon la mise au pluriel devient kafkaïenne… Pourtant j’aimais bien les tirets, question de différencier les fleurs des dames de petite vertu. Mais je sais aussi que j’ai le droit (licence poétique !) d’écrire belles-de-nuit si je veux… la nique à Word . Tiens, le mot Word n’est pas répertorié comme correct non plus. Bien fait !

Ainsi s’ordonnent les mots de mes haïkus, de mes poèmes. Profitons-en avant que la nouvelle orthographe (ortografe ?) ne se mette en place. Il s’agirait de supprimer les accents (dits) inutiles, ceux qui ne modifient pas la prononciation. Belle initiative égalitaire de non distinction des genres, confondant sur et sûr mur et mûr, etc.

Et pourquoi ne pas bannir la lettre H qui ne correspond à aucun son en Français ? C’est vrai, ça ! Un aïku sans h, c’est plus simple et plus court (et donc meilleur ?) qu’un haïku avec h.

Tout cela me fait peur. J’aurai du mal à m’y faire. Je débrancherai le traitement de textes. Pas d’acharnement thérapeutique pour mes mots familiers. Je n’utiliserai plus qu’un bon vieux (vieux, ça va de soi) dictionnaire. Tiens, au fait, avec Google, apprendre l’ordre alphabétique, cela ne sert plus à rien, on plus…

Je suis conservatrice en termes, en expressions qui ont une histoire. Si on change leur forme, le monde ne sera plus celui que j’ai connu ; il m’échappera en quelque sorte.

 

Matin d’écriture

une fourmi reconnaît

un à un mes mots

 

Bon ! Pas de panique ! Je serai sans doute morte avant… Voilà qui est réconfortant. Savoir qu’un jour viendra où je n’aurai plus à faire face, à assimiler un langage qui m’est étranger, qu’on vide de sa substance, je n’aurai plus à feindre de me repérer dans ces moules informatisés, numérisés et qui ne sont pas faits pour la petite rêveuse que je suis.

Ainsi je tirerai ma révérence avant la fin du livre-papier qui disparaît(ra) et je peux profiter encore d’une lecture qui réjouit mes sens : le dessin familier des lettres, la voix des mots que miment  mes lèvres, le grain du papier, l’odeur de l’encre…

 

Du bout du doigt

cueillir le fragment de chocolat

sur mon cahier

 

Le papier aurait-il une âme ?

Et je ne peux résister à l’envie de partager avec vous cette anecdote (authentique ? je ne sais pas) tirée du livre de Didier Van Cauwelaert, « Le journal intime d’un arbre »

Il s’agit d’une expérience faite sur des punaises des bois :

« Elles arrivaient dans des boîtes tapissées de papier journal, et on a observé que les punaises qui voyageaient sur le New York Times déclenchaient sept à huit métamorphoses larvaires, et n’étaient plus aptes à la reproduction. Rien de tel sur le Times de Londres.

….

En enquêtant sur la provenance de la pâte à papier, j’ai découvert que le mélèze d’Amérique, menacé par une surpopulation de punaises, produisait de la juvabione, une substance analogue à l’hormone juvénile de ces punaises,mais à un dosage démesuré qui les stérilisait. »

 

(Monique MERABET, 10 Mars 2013)

Publié dans Haïbuns

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claude Labetoulle 19/03/2013 14:10


Difficile de ne pas partager ton point de vue sur l'ortographe...d'autant qu'on n'aura plus ainsi la possibilité de se référer à l'éthymologie pour essayer de comprendre des mots nouvellement
rencontrés..


.L'allusion à Didier van Cauwelaert est tout à fait étonnante...j'aurais imaginé qu'après les traitements chimiques subis par la pâte à papier il ne serait rien resté de la 'mémoire' des arbres.
Si c'est vrai...c'est bien fait pour eux, les Yankees n'ont qu'à mieux se tenir. En tous cas ça fait rêver.

Monique MERABET 20/03/2013 18:00



Je n'ai pas vérifié l'authenticité de l'anecdote sur la pâte à papier



Mariposa 16/03/2013 00:36


Oui définitivement le papier a une âme puisqu'il s'agit d'une matière vivante issue d'un être autrement plus vivant : l'arbre. Et comme le montre l'extrait que tu cites de l'excellent ouvrage de
de Didier Van Cauwelaert, non seulement c'est un être vivant, mais c'est un être intelligent, l'arbre !

Monique MERABET 16/03/2013 18:35



C'est bien ce que je crois aussi. j'aime les arbres et j'aime les livres.



Monika 12/03/2013 18:58


P.S.


Je vois que tu aimes autant le chocolat que moi. (Le très noir, à 80% de cacao?)

Monique MERABET 13/03/2013 06:56



Pour moi, pas toujours noir mais... le CHOCOLAT, j'aime!



Monika 12/03/2013 18:57


Et moi, je ne peux m'empêcher d'être d'accord, trois fois d'accord avec ta résistance à la nouvelle orthographe. Elle est en vigueur ici (en principe) depuis plusieurs années déjà, mais je ne
suis pas la seule à la boycotter. Parmi ses retracteurs/-trices, il y a bien sûr les adeptes de la tradition. C'est déjà un argument de taille, mais en ce qui me concerne personnellement, je
trouve que j'ai un excellente motif : après avoir pris tant de temps et déployé tant d'efforts à l'apprendre, cette foutue orthographe française pas logique pantoutte, je devrais
maintenant faire rewind, changer de direction et recommencer ? D'autant plus / moins que la nouvelle orthographe manque aussi singulièrement de logique... Non, on ne m'aura pas. Une
chance que ma profession ne m'oblige pas à obtempérer... !

Monique MERABET 13/03/2013 06:55



Oui, c'est un vrai casse-tête pour les professeurs des écoles! Pour l'instant en France, la nouvelle orthographe n'est pas obligatoire



Marcel 12/03/2013 09:49


Je ne peux m'empêcher de sourire.

Monique MERABET 13/03/2013 06:53



C'est écrit pour ça...