La feuille (bis)

Publié le par Monique MERABET

NB11-58.JPG

 

LA FEUILLE QUI TOMBE

(Voyage inter-blog d’un haïku)

 

 

 

à Monika, à Marcel,

 

La feuille qui tombe, détachée du manguier, un matin de Février. Toute jaune, c’est cette couleur d’automne qui a capté mon attention. Et puis ses loopings légers avant d’aller se perdre dans l’herbe haute. Mon haïku immédiat :

 

Feuille qui tombe

aussi gracieuse

qu’un oiseau

 

Je n’ai pas noté la couleur, non. Sans doute pour ne pas induire une confusion de kigos. Pour le manguier de mon jardin tropical, quel non sens que cet automne en plein cœur de l’été austral.

Et puis cette comparaison trop explicite avec l’oiseau ne m’a pas satisfaite. J’ai voulu la rendre implicite en notant le contraste entre la chute irrémédiable de la feuille clouée au sol et le rebond possible d’un oiseau. J’ai écrit :

 

Feuille qui tombe

sans ailes

pour remonter

 

C’est celui-ci que j’ai publié sur mon blog.

Et voilà le commentaire de Monika qui vient faire « décoller » mon haïku de sa finalité première. Elle évoque un « clin d’œil au haïku classique japonais »

Aïe ! Faut pas faire une allusion comme ça à une mordue de haïkus comme moi ! Je n’ai eu de cesse de retrouver le « japonais » en question, et m’assurer au passage que je n’avais pas commis un involontaire plagiat !

Je suis bénie des dieux ! Non seulement, le haïku de Arakida Moritake (1473-1549) évoque une fleur (et non une feuille) et un papillon (pas un oiseau) mais je l’ai trouvé en deux versions, subtilité de la traduction du Japonais au Français :

 

Pétale envolé

à la branche revient

papillon hélas !            (in L’art du haïku)

 

Une fleur tombée

à la branche je la vois revenir

- c’est un papillon          (trouvé sur le net)

 

Á noter que le tercet de Moritake (le vrai, celui écrit en japonais) voulait battre en brèche un dicton disant qu’on ne pouvait pas revenir en arrière.

Moi, j’ai plutôt songé avec nostalgie à l’après de cette chute, la fin d’une existence… qui ne sera plus jamais celle d’avant. Et voilà que le commentaire de Marcel vient apporter un complément essentiel :

 

La feuille

solitaire vestige

d’une vie

 

Le choix d’accueillir ce fragment de vie qui perdure sous la forme d’une simple feuille séparée des autres.

 

Merci aux amis qui portent mes esquisses de haïkus, qui leur offre une densité, un sens que je serai bien incapable de porter, seule.

Retrouvez-les sur link

et sur link

 

(Monique MERABET, 4 Mars 2013)

 

 

 

 

 

Publié dans Echanges entre blogs

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Marcel 07/03/2013 16:53


+


Feuille morte


retrouvée dans l'auto,


n'en parlez pas !


+


 

Monique MERABET 09/03/2013 06:06



Merci Marcel pour l'enrichissement que tu apportes à mon blog.



Monika 06/03/2013 16:20


Très intéressant, Monique, ton petit récit de l'évolution de ton haïku - évolution à laquelle les lecteur/lectrices avec leurs commentaires ont collaboré. Les deux traductions françaises du haïku
de Moritake que tu as trouvées montrent combien (à mon avis) qu'on fait bien de se méfier un brin des traductions dans lesquelles on a accès aux haïku japonais. J'avoue que je préfère me référer
aux traductions anglaises qui sont souvent (semble-t-il) plus près du texte original.


 


"Fallen flower I see
.Returning to it's branch-
.Ah!! a butterfly".........


Arakida Moritake


(cité sur The interactive poetry pages )


ou encore


A fallen blossom
returning to the bough, I thought --
But no, a butterfly


 


trouvé sur Traditional
Japanese Poetry Quotes

Monique MERABET 06/03/2013 18:15



Merci Monika pour ton commentaire. Il me fait cgaud au coeur. J'ai un peu hésité à passer cet article en me disant "ça intéresse qui ma façon d'écrire un haïku?"


Et très intéressantes les versions en Anglais. Il arrive souvent de trouver, en Français, des versions qui se contredisent presque d'un même texte japonais et parfois, aussi, la formulation est
très bizarre. Alors que dans une traduction, on devrait tenir compte (à mon sens) des particularités lexicales de chaque langue.