Le jour de la longose

Publié le par Monique MERABET

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LE JOUR DE LA LONGOSE

 

 

 

Ce matin je pense à la longose, celle qui va bientôt fleurir… demain, évidemment !

Un « balai » se développe. Balai, c’est le terme créole pour inflorescence. Et longose, c’est le nom créole de la plante.

 

Tinon gaté                                         Leur nom créole

bann flër mon jardin                                    les plantes de mon jardin

i koz pa latin                                               ne parlent pas latin

 

Mais pour vous prouver que je ne suis pas une feignante (enfin pas tout le temps) je vais vous le donner son nom latin : hedychium de la famille des zingibéracées. Là ! Vous êtes plus avancés ?

Mais faut-il introduire le nom savant dans un haïku ? Á qui parlerait mon haïku si j’évoquais «  le parfum sucré des hedychium » ? Celui qui sera publié dans « 3 feuilles sur la treille » (recueil à paraître aux Éditions L(iroli en mars 2012) est ainsi formulé :

 

Jardin de Saint-Denis

le parfum sucré des longoz

seule à m’en souvenir

 

Souvenir… Le maître mot !

Pour moi, comme à peu près toutes les plantes de mon jardin, la longose est une plante à souvenir, une plante d’enfance. Je ferme les yeux (écrire les yeux clos ?) pour que me revienne tout le film de la dégustation, un rite que nous partagions ma sœur et moi. Ces gestes précis qui me restent d’elle : détacher délicatement le papillon jaune d’une fleur, du pouce et de l’index en tenaille, couper l’opercule au bas du pétiole et… aspirer le nectar.

Ah ! Cette saveur sucrée, juste une goutte pour imprégner nos papilles et nous nous sentions comblées, nous nous sentions les égales des dieux, partageant leur breuvage ineffable.

Les touffes drues de ce végétal tapissaient les fonds de ravine que je parcourais avec sœur et cousines, les compagnes de ces longues vacances d’été. Et nous revenions, portant chacune en triomphe le panache jaune et rouge que nous allions déguster à l’ombre du petit bois d’acacia où nous attendaient nos jouets.

 

Premières règles

à l’arbre j’ai pendu

toutes mes poupées

 

Les verts paradis de l’enfance se quittent, un jour ou l’autre. Quoi de plus naturel ?

Mais voilà que je tombe sur ce dépliant envoyé par une Société de Protection de l’Environnement qui publie cette liste des « pestes végétales" (à supprimer ?) : goyavier, longose, jamrose, chèvrefeuille, encens, arum, galabert, marguerite folle, fuchsia, filaos… entre autres.

Ces plantes ont pourtant constitué le cadre familier de mon enfance sauvageonne… tout fout l’camp !

 

(Monique MERABET, 24 Février 2012)

 

 

 

 

Publié dans Haïbuns

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Monika 24/02/2012 22:41


Des pestes végétales ! Non, mais... j'en reviens pas ! Quelle végétation luxuriante, chez vous, si l'encens, le fuchsia et ces autres plantes dont tu parles sont "envahissantes" !
Sont-elles indigènes ? Viennent-elles d'ailleurs ? Je te comprends tellement quand tu racontes comment l'odeur de la longoze est associé à ces souvenirs d'enfance - d'autant plus douloureuses
maintenant que tu es - comme le dit ton haïku - seule à t'en souvenir...  (chez moi aussi, il y a de ces souvenirs qu'une odeur peut déclencher...).


Et encore une fois : Tes haïkus sont très très touchantes. Celui des poupées pendues m'a carrément fait chavirer.

Monique MERABET 25/02/2012 18:17



Je suis vraiment très touchée que tu apprécies ces haïkus qui viennent du plus profond de mon coeur.


Tiens! encore un point commun: chacune d'entre nous aime les haïkus de l'autre...



Lily 24/02/2012 21:11


Joli plaidoyer pour ces espèces exotiques exhubérantes qui se développent au détriment des espèces endémiques. Quand on voit les noms, goyavier, chèvrefeuille, encens, arum, fushia ... j'imagine
que la mélancolie l'emporte sur les raisons scientifiques. Dans les régions méditerrannéennes, c'est le mimosas qui devient envahissant. Pourtant quelle joli arbuste précoce et parfumé !

Monique MERABET 25/02/2012 18:11



Tu m'as bien comprise Lily. Je pense que certains scientifiques font un peu de zèle. Car toutes ces plantes classées en pestes végétales, elles ont fait partie de mon environnement naturel lors
des vacances passées dans un village des Hauts de l'île. Et l(homme est toujours prêt à jouer aux apprentis sorciers. Pour se débarrasser de la "vigne marronne", une vraie peste végétale,
celle-là, on a introduit une espèce de mouche bleue censée empêcher la prolifération de ces ronces. mais ce sont les mouches qui ont proliféré, gênant les abeilles...