Le martin du dimanche

Publié le par Monique MERABET

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LE MARTIN DU DIMANCHE

 

 

 

Matin gris, à guetter par où reviendra le soleil. Il me manque, ici. Cinq jours à vivre sans lui, c’est un peu trop.

Les belles-de-nuit me barrent le passage étroit derrière la maison. Par temps sec, je m’en accommode, ravie même de ramener un bout de corolle dans les plis de ma jupe. Mais là, elles sont gorgées d’eau, cinglant mes jambes et mes cuisses, imprégnant mes vêtements de gouttes… si désagréables à ma peau. Ah ! Que ne les ai-je coupées, avant le cyclone !

Le monde est gis en ce début de Février…

 

La pluie donne voix

à mes larmes-souvenir

deux ans déjà

 

Deux ans se seront passés sans elle…

 

Ciel gris du dimanche

sur le câble un gros martin

sans ouvrir le bec

 

Il est énorme. Je pense à « l’oiseau de malheur » du haïbun écrit hier, celui qui relate ces prévnanse, ces annonces faites aux vivants d’un deuil proche ; seules certaines personnes peuvent les capter, celles qui sont un peu médiums sans doute… La prémonition se répète toujours suivant le même schéma : un oiseau vient se poser, à la nuit tombée, sur le toit et appelle la personne à prévenir trois fois par son nom ; et cet oiseau de mauvais augure… ne peut être qu’un martin ! Sous ce ciel gris, je le sens sombre et maussade, portant bien son surnom (tinon gaté ?) de martin triste. Et quand il ouvre le bec, ce cri rauque, lugubre, croassement venu d’on ne sait quel chagrin sans fond qui fait frémir les âmes ; de là à penser qu’il attire, qu’il fréquente aussi les âmes errantes, les zavan

Holà ! Me voilà en pleine divagation, en plein délit de distorsion, à la recherche malsaine d’un bouc émissaire. Perversité des penchants humains à vouloir charger un innocent volatile de tous ses bas-fond de peines et de peurs…

Pourquoi, toi, martin ? akoz ton plïme lé in pë tro gri ? Mais le soleil les irise, tes plumes comme le dos « noir » de la pie de l’atelier d’isabel soudain révélé de bleu et de vert.  

Pardon, martin du dimanche ! Tu fais partie de ces oiseaux du ciel cités dans l’Evangile et ton père céleste veille sur toi.

Pardon aussi pour ces rires gras d’humains qui se croient intelligents de modifier tes cordes vocales dans le but de te faire répéter sans fin « couillon » ou autres « totosh ton moman »… Pardon pour ces jeux indignes !

Ce matin, un oiseau chante pour moi.

 

Martin muet

tous deux nous guettons

le soleil

 

(Monique MERABET, 3 Février 2013)

Publié dans Haïbuns

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M.O.P. 06/02/2013 10:38


J'aime beaucoup.

Monique MERABET 07/02/2013 06:07



Merci Marcel pour ton appréciation et merci pour m'avoir donné le goût de cette forme 353... absolument fluide et dansante.



Danièle 05/02/2013 21:57


Bon, finalement cet oiseau bien inoffensif a éclairé ta journée et l'a rendue moins triste. Le soleil a l'air d'être revenu.

Monique MERABET 07/02/2013 06:06



Bien inoffensif, effectivement. Je voulais battre en brèche certains préjugés. Et derrière le martin, le soleil!



Monika 05/02/2013 15:53


Ton haïbun est un bel exemple du fait que, quoiqu'on ne puisse pas changer la réalité autour de nous (et même dans nous), on peut très bien changer la façon dont on la regarde.


Je te souhaite que bientôt, les nuages de ce ciel gris se seront dissipés et que le soleil brille à nouveau sur ton pays !

Monique MERABET 05/02/2013 18:31



Tes voeux sont exaucés; Monika! Grand soleil aujourd'hui et... chaud!!!!!!!!!!!! Mais je ne vais pas le bouder. C'est vrai qu'ici, un peu comme dans le midi de la France, si on ne voit pas le
soleil quelques jours d'affilée, on a l'impression d'une catastrophe.