Le miracle des liserons

Publié le par Monique MERABET

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LE MIRACLE DES LISERONS

 

 

Lignes un peu courbes

à mon haïku

mon stylo suit la fourmi

 

Pourquoi écrire ? Pour dire ce que je ressens, le partager avec quelqu’un d’autre peut-être… Transmettre la pérennité de la vie qui éclate en dépit des deuils et des souffrances. Je m'efforce toujours d’écrire ce qui peut apporter de l’espoir, de la joie.

Mais j’écris pour moi, d’abord. J’écris comme je respire, avec mes cinq sens pour témoigner du flux du vivant qui coule en moi, qui coule aussi dans tous les êtres autour de moi.

Ce matin, la danse de mon stylo accompagne l’orchestre des oiseaux ; elle retient les teintes vives des belles-de-nuit prêtes à se refermer ; elle zonzonne avec la guêpe architecte qui cherche où accrocher son nid. Elle suit aussi le vol époustouflant de deux pigeons, laisse mes pensées vagabonder dans leur sillage…

 

Guetter la floraison

de l’orchidée-crabe

premiers liserons

 

Bleus, les liserons. Miraculeusement apparus. Hier encore, je considérais leur masse échevelée prenant d’assaut tout ce qui leur est vertical, tout ce qui leur permet de s’élever vers Là-haut, au-delà… Ils ont enserré de leurs vrilles tenaces le robinet – tourner dans le sens des circonvolutions, s’il vous plaît – un vieil arrosoir, le balai ramasse-feuilles,

 

Un vieux balai

arrosez-le, il fleurira

volubilis

(pastiche de Bashô*)

 

Hier soir, je margognais… Quand donc fleuriront-ils ? S’ils se contentent d’occuper l’espace, étouffant les violettes prises en dessous, je ferais bien de les arracher.

Les arracher ! J’y ai fortement pensé. Et ce matin, le miracle a eu lieu !

 

* le haïku de Bashô que j’aime particulièrement :   un piment

                                                                                  offrez-lui des ailes

                                                                                  une libellule rouge

(Monique MERABET, 21 Février 2012)

 

 

 

 

Publié dans Haïbuns

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monika 23/02/2012 16:29


Hey ! Une chance que tu ne les as pas arrachés, les liserons ! Ton histoire (parce que c'est une vraie histoire, n'est-ce pas, une histoire vraie ! ) me fait penser au haïku de Chiyo
ni 


Kakima yori tonari ayakaru botan kana


Les volubilis
enserrent le seau du puits.
Je demande à mon voisin de l'eau.


J'ai trouvé cette traduction sur le blogue Le Japon d'Asiémutée.


Elle me plaît bien. Mais voici deux autres traductions du même haïku - qui montrent bien (à mon avis) combien il
faut se méfier des traductions françaises de haïkus japonais !





« Le liseron
A mis ses doigts sur le seau de mon puits
Je dois aller emprunter de l'eau au voisin »




— (trad. Coyaud, 1993)




« le liseron
au seau du puits s'est enroulé
à mon voisin je vais quémander de l'eau »




                 — (trad. Cheng, 2005)

Monique MERABET 23/02/2012 17:51



Ah! Moi aussi j'adore ce haïku de Chiyo Ni. Et merci pour ton bouquet de traductions. La deuxième est particulièrement cocasse...


Tu te demandes si mon histoire est vraie... ou plutôt, tu en es sûre. Tu as raison. J'essaie toujours d'écrire VRAI. En mélangeant parfois un peu deux histoires mais surtout en haïbun, j'écris ce
que je ressens, ce que je pense, ce qui est arrivé chez moi ou autour de moi. C'est cela aussi que le haïku m'a apporté. Comme pour toi, le haïku a changé ma façon de voir le monde.



Mop 22/02/2012 11:20


Un réel plaisir de vous lire.