Ni tout à fait le même...

Publié le par Monique MERABET

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NI TOUT Á FAIT LE MÊME…

 

 

 

Compter 

les liserons

du même bleu qu’hier ?

 

Hier, justement… je retrouve sur un blog cette citation de Verlaine : « ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Cette femme du rêve du poète ne serait-elle pas à l’image de nos instants. Ces instants qui se succèdent « ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres »

Et là, je me rends compte qu’il y a quelque chose qui cloche : non, les instants que nous vivons ne sont jamais pareils.

 

Galabèr

aucune fleur identique

à une autre

 

Ni dans la même inflorescence, ni celles qui se succèdent au cours des saisons. La ressemblance n’est qu’illusion ; le clonage parfait n’est pas un acte de la nature ; juste un fantasme d’humain qui a peur de perdre ses repères, une bouée à quoi fixer ses sens.

C’est aussi la pratique du haïku qui m’a appris cela : il n’y a jamais deux instants semblables, nous vivons un temps en expansion.

Dans ma naïveté de haijin débutante, il m’est arrivé de penser que la production de haïkus était nécessairement bornée ; à force de décrire les mêmes espèces végétales, animales, minérales, à force de dire ces saisons qui reviennent plus ou moins fidèles à elles-mêmes,  force de raconter les comportements humains stéréotypés… on finirait par des redites ennuyeuses

Bien sûr, la folie de cette pensée s’est dissipée en un éclat de rire. On pourra écrire encore et encore des haïkus « uniques » tant que la vie durera.

Cependant, tout en étant consciente de l’unicité de chaque moment, je ne voudrais pas  occulter les résonances entre différents auteurs, différentes époques. Et je ne suis pas peu fière quand se retrouve dans mes trois petites lignes, un apparentement avec un des grands maîtres d’autrefois. Oh ! parfois, juste un léger écho qui n’est peut-être perceptible que par moi seule…  Mais cet aérien « fumet » pour fugace qu’il soit m’a encouragée à continuer, à persévérer dans la voie du haïku, à me dire que j’étais sur le bon chemin.

Je me souviens de cette dame « poète » qui exhibait un mince recueil de ses poèmes et qui  disait : «  Bientôt, je n’écrirai plus de poèmes. J’ai déjà abordé tous les thèmes de l’existence, la naissance, la joie, la tristesse, l’absence, le deuil, l’amour, l’amitié… » Je doute que cette poétesse comprenne quoi que ce soit au haïku !

Á chaque instant son haïku. « Ni tout à fait le même ni tout à fait un autre » que celui d’hier, que celui de mon voisin.

Alors, rien de nouveau ce matin dans l’intimité de mon jardin ? Rien de nouveau à mon horizon familier ?

 

Lune croissante 

l'orchidée arrondit 

ses boutons

 

(Monique MERABET, 28 Février 2012)

 

 

 

 

 

 

Publié dans Haïbuns

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monika 29/02/2012 16:55


D'accord Monique, ça va sur la liste ;-)


Pour les haïkus de ce billet du 28 février - oui, j'ai vu, tu les as "retravaillé". À vue de nez (pardon ! ) je les aime comme ça - surtout le dernier de l'orchidée qui arrondit ses boutons sous
la lune croissante ! Mais je ne peux pas dire s'ils sont "meilleurs" que ceux que tu avais publiés hier - plus moyen de les comparer... !

Mop 29/02/2012 10:13


Tout à fait intéressante cette approche de l'instant-haïku, ainsi que ces échanges dans les commentaires. Merci à vous pour cette profondeur.

Lily 29/02/2012 09:45


Il me semble que lorsque nous nous rendons réceptifs à ce qui nous entoure, l'étonnement grandit.


Le temps est peut-être en expansion -je ne suis pas calée pour l'affirmer- mais l'être, lui, est en expansion. C'est ce que je crois et observe ...

Lily 28/02/2012 22:30


Bonsoir Monique,


Je lirai ton billet un peu plus tard. Je voulais simplement te prévenir que j'ai écrit un texte avec les dix mots de la francophonie. Il paraitra demain matin sur mon blog. Je te l'envoie sous
Word. Je ne sais s'il faut faire une autre démarche. Au cas où ce serait oui, merci de me prévenir. Amitié.

Monique MERABET 29/02/2012 05:45



Tout est O.K Merci Lily



monika 28/02/2012 21:32


Ni tout à fait le même... Tu abordes là un sujet épineux, Monique - qui a deux versants.


D'une part cette impression que j'ai parfois de me répéter dans mes haïkus - justement parce que les saisons (et avec elles, les expériences) se suivent et se ressemblent et ont tendance, au
moins chez moi, de générer des haïkus semblables. Il est vrai qu'on peut toujours, en étant de plus en plus attentive, trouver un nouvel angle et écrire un haïku original sur une expérience
répétée. D'ailleurs, c'est seulement à cette condition-là (un nouvel angle, un nouveau regard) que je pense que la publication un tel haïku est intéressant.


Mais il y a aussi, d'autre part,  ce phénomène qu'un haïjin américain (Michael Dylan Welsh) a appelé le déjà-ku. (Dommage que tu ne lises pas l'anglais, c'est un article très intéressant qui m'a fait une forte impression et dont je n'ai toujours pas
fini de mesurer les implications.  Serge Tomé aussi a écrit un article là-dessus dans le webzine 5-7-5 revue du haïku mais il ne tire pas exactement les mêmes conclusions.)


 


lecture sur le web


tiens, un de mes haïkus


écrit par un autre


 


Je sais que dans le petit monde du haïku francophone, on ne s'en fait pas trop avec ça - c'est peut-être culturel? Mais dans le monde anglophone et germanophone, on est assez sévère à l'égard de
ce que d'aucuns qualifieraient de plagiat, volontaire ou involontaire. Moi, je suis toujous très gênée quand je m'aperçois qu'un de mes haïkus ressemble étrangement à celui d'un autre auteur (peu
importe si je l'ai lu avant ou non) et je m'empresse de retirer le mien...


Quelques-uns me trouvent un peu "maniaque" avec ma hantise des déjà-ku. Il est vrai qu'elle peut devenir inhibitrice d'inspiration.


 

Monique MERABET 29/02/2012 05:44



Merci Monika. Tu m'en apprends des choses. Et au risque de me faire accuser de "déjà-com" je te dirai que j'ai la même réaction que toi  lorsque je m'apeçois que j'ai écrit un déjà-ku. Tout
en étant heureuse de me sentir sur la même longueur d'onde qu'un autre haIjin, jene donnerais pas un tel haïku à publier. Toutefois, sur mon blog, je suis plus cool: ce qui sécrit sur mon blog,
je peux toujours le modifier, voire le supprimer.... ce que j'ai fait pour mes haïkus de l'aricle du 28 Février vraiment pas inspirés dans leur première forme.


Et pour te plagier encore plus (Hou la vilaine!)


sur leblog


un de ces commentaires


que j'aurais pu écrire