Rivières (11)

Publié le par Monique MERABET

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LE SACRIFICE DES ONDINES

(Christelle PAYET)

 

 

 

Cela faisait quelque temps déjà que l’ondin Esterelle s’alarmait à la vue des eaux qui diminuaient peu à peu dans le pays, et, elle le savait, sur toute la terre.

Si, encore, l’eau se contentait de baisser en quantité ! Mais le plus grave et le plus attristant était de constater que sa qualité était également affectée. Dans le lit des rivières qui ne coulaient plus, stagnaient de grandes flaques d’eau croupissante, avec de l’écume, du limon, ou des algues qui les polluaient et les enlaidissaient. Parfois même, des eaux qui n’avaient rien de suspect et qui coulaient encore claires et fraîches, charriaient des bactéries qui les rendaient impropres à la consommation et au bain.

 

C’en était trop pour son cœur d’ondine, responsable des fleuves, des lacs, des rivières, de l’eau en général e de la végétation. C’était son travail, sa passion, sa raison de vivre qui se dégradaient ainsi sous ses yeux.

Mais que faisait donc la reine des ondines qui n’avait même pas réuni un conseil pour discuter de la situation et y trouver remède ?

 

La reine des ondines, comme toute reine qui se respecte était très renseignée sur ce qui se passait dans son royaume, et elle avait tenu un conseil secret avec ses ministres et ses agents pour prendre des mesures face à une situation aussi désastreuse. Mais il était vain de chercher un remède : la dégradation des eaux était irrémédiable et la question était plutôt de savoir en quels termes la reine devait l’annoncer aux ouvrières si travailleuses et si dévouées ?

 

L’ondine Esterelle quant à elle, avait déjà pris les devants sans en parler à personne. Elle avait consulté son miroir magique :

- Miroir magique, que se passe-t-il donc ? Pourquoi l’eau devient-elle si rare ? Et pourquoi, quand elle existe encore ne ressemble-t-elle plus à celles qui nous servaient de demeures auparavant, pures et limpides ou sombres et profondes, généreuses et exemptes de toute corruption ? 

Le miroir répondit :

- Je savais bien que l’une d’entre vous viendrait me trouver un jour. Et ce que j’ai à lui révéler lui arrachera le cœur. Nous sommes à la fin d’un cycle et tout ce que tu vois de la terre doit disparaître. Le royaume des elfes ainsi que celui des gnomes et des salamandres est sur la même voie que celui des ondines, le tien.

- Et rien ne peut interrompre ce cycle ?

- Non, rien. Celui-ci est décidé par une puissance infiniment au-dessus de la terre, de l’eau, de l’air et du feu. Il y en a eu déjà plusieurs et il y en aura d’autres.

- Et si quelques-uns d’entre nous se sacrifiaient pour sauver la terre si belle et ses habitants ?

- Je ne suis pas sûr que votre demande sera entendue. Nous ne pouvons pas changer le dessein de celui qui règne au-dessus de nous.

- Á moins que nous ne faisions appel à la Sagesse, cette petite Sophia qui était avec Lui et auprès de Lui quand il a créé le monde !

- Oui, peut-être, et même sans doute. Mais vous vous exposerez à de nombreuses et grandes épreuves pour être dignes de l’avoir avec vous. Et vous êtes bien fragiles. Je vois cependant une éventualité. Si pour ce cycle-ci il est déjà trop tard, vous pourriez très bien préparer le suivantqui serait le dernier si vous voulez vraiment vous sacrifier pour la terre et les hommes. Et je vous souhaite, o combien ! de réussir.

  

 

 

 

 

 

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