Trop...

Publié le par Monique MERABET

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TROP

 

 

 

Á huit heures du matin, on peut encore profiter de quelques résidus de fraîcheur. Là-haut sur la montagne, traînent quelques résidus de nuages aussi. Il fera chaud.

« Il fait trop chaud, dit la voisine. C’est parce qu’ils enlèvent tous les arbres de Saint-Denis pour mettre des immeubles à la place. »

C’est vrai. Le béton gagne de toute part, nous enserre, nous étouffe. Mais cette même voisine a fait couper, il y a quelques années tous les arbres de son jardin, jusqu’au manguier qui offrait à sa maison une ombre généreuse. Toutes ces feuilles qu’il faut balayer ! disait-elle.

Et toutes ces mangues mûres qui éclatent sur son beau dallage en béton…

Moi je n’ai pas ces problèmes. Les feuilles, j’en laisse pour l’humus et au pied de mes arbres, il n’y a pas de béton ; l’herbe amortit la chute des fruits. Je ne vois pas très bien la nécessité de bétonner son jardin surtout lorsqu’il est petit. Juste une allée tout autour pour éviter de patauger dans la boue, c’est suffisant. Hélas ! Les gens aiment ce qui est « calibré », ce qui est net, propre… mort.

 

Mon jardinet

laisser un carré d’herbe

pour les haïkus

 

Chez moi, pas de gazon chichiteux que l’on apprête le week-end dans le vacarme des tondeuses. Je me souviens de la réflexion de maman qui bougonnait, en bonne paysanne des Hauts « J’arrose pas de l’herbe, moi ! » Elle qui était maîtresse en son jardin créole aux espèces mélangées s’offusquait qu’on puisse faire pousser de l’herbe.

Elle ne se reconnaîtrait pas non plus dans mon jardin d’aujourd’hui qui s’étale, anarchique, touffu comme mes rêves.

 

La lune confond

belles-de-nuit et orchidées

moi aussi

 

Toutefois, je suis d’accord avec ma voisine sur un point : Cette saison est trop, en chaleur, en humidité, en feuilles, en fleurs, en fruits…

Ce trop-plein de végétation, coutumier de notre saison chaude, m’apparaît parfois un peu monstrueux par son excès. Il fatigue les sens. Je suppose que le trop-vide des hivers de l’hémisphère Nord produit un peu le même effet. Á la longue, on aspire au pointillisme d’un printemps. Finalement, haijins du Sud ou du Nord, nos « maux de saison » se ressemblent.

 

Passage rétréci

les belles-de-nuit

de la dernière pluie

 

(Monique MERABET, 19 Février 2012)

 

Publié dans Haïbuns

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Mop 20/02/2012 10:50


Super.

Monique MERABET 20/02/2012 17:40



Merci pour ton commentaire. Bref et dense comme tes haïkus.



Danièle 19/02/2012 21:18


Tes haïbun, toujours un régal !

Monique MERABET 20/02/2012 17:38



Merci  Danièle.



monika 19/02/2012 18:11


J'en prendrais bien un peu de votre TROP de chaleur, de fleurs, de feuilles, de fruits... de tout cela nous n'en avons PAS ASSEZ ici, présentement. Par contre, ici aussi, nous avons des choses en
TROP : de la neige (quoique : elle est en train de fondre, présentement. Mais ça ne nous trompera pas :


 


deux corneilles penchées


sur la neige qui pourrit


faux printemps


 


- on sait qu'il y aura encore d'autres tempêtes et d'autres bordées...).


Nous avons aussi TROP de froid, de bourrasques, de smog d'hiver et même d'humidité (qui est aussi désagréable en hiver qu'en été). Mais... aucun doute, la lumière progresse et nous donne espoir.


 


Merci de nourrir cet espoir par tes belles photos (quant à moi, des fleurs, il ne peut jamais en avoir de trop !) et par tes descriptions de ton quotidien - par haïkus interposés, très beaux,
encore une fois.


 

Monique MERABET 20/02/2012 17:38



Oui je me sens un peu coupable d'avoir l'air de me plaindre de ce que les autres m'envient tant. Et, je l(avoue bien volontiers, ette chaleur m'est davantage supportable que le froid. Alors je
vous trouve très courageux. Mais je vous envierai au printemps, bien sincèrement.