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GRAINES

Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 19:10

lazaret3.JPG

 

 

UN SAMEDI AU LAZARET

 

 

 

Samedi 26 Mars.

Les amateurs d’écriture de Patpantin ont choisi le site du Lazaret de la Grande Chaloupe pour leurs lectures.

La Grande Chaloupe… on y accède aisément par une bretelle de la route en Corniche. Une route bétonnée s’enfonce au cœur d’une étroite vallée, une enclave enfouie entre océan et montagnes. Difficile d’accès par le passé. Seule une route rocailleuse y mène du côté montagne, le Chemin des Anglais, réservé aux randonneurs confirmés.

Au temps du chemin de fer, le ti-train s’y arrêtait et la gare est toujours là…

On comprend le choix de cette étroite bande de terre à proximité de Saint-Denis pour y implanter ce lazaret, point de mise en quarantaine pour les engagés venus d’Inde ou de Chine pour travailler aux champs de la Colonie.

Les murs des vastes bâtiments restaurés ou en cours de restauration retracent l’histoire mouvementée des hommes et des femmes venus de lointains horizons et qui ont engendré la Réunion d’aujourd’hui.

 

lazaret1.JPGMurs du Lazaret –

la petite métisse

devant ses ancêtres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout à côté un joli petit coin ombragé, à l’herbe moelleuse. Ce serait un lieu de pique-nique idéal si… ce n’était un cimetière comme l’attestent les tombes curieusement rangées en rond sous les arbres.

Aussi voilà toute la troupe qui s’égaille sur le petit chemin menant au hameau de quelques cases en tôle, à la recherche d’un arbre à pique-nique.

 

La mer, la montagne

étroite langue de terre

mon kër i sèr

 

Les enfants vont devant… Les rires joyeux se mêlent aux gazouillis des oiseaux.

 

Inn parti lo rir-

ti flër galabèr fané

dann shovë bann fiy

 

Quel que soit le sentier emprunté, dans les Hauts, dans les Bas, les galabèrs offrent à profusion les petites étoiles colorées dont aucune petite fille ne résiste à l’envie de se parer.  Mais les fillettes ne sont pas les seules à se livrer à la cueillette.

Nous sommes encore en Mars et la végétation de zone littorale sèche n’a pas encore pris sa teinte uniforme de paille. Et la balade se fait flânerie botanique à s’extasier devant toutes ces teintes délicates qui réjouissent les yeux : bleu clair, bleu profond, pourpre des corolles aux allures de papillons ; camaïeu de roses des corbeilles d’or, le blanc aussi des liserons ou des pieds de bringèl maron ; les ricins si familiers prennent une petite touches d’insolite, mêlant au corail des fleurs les boules vertes ou crème des fruits ; au milieu des graminées aux élégants épis noirs, soudain se dessine une silhouette de canard, liane d’argent…

 

lazaret12.JPG

Ah ! On aimerait tout photographier, tout admirer… et aussi tout transplanter dans son propre jardin.

Alors chaque promeneur devient collectionneur de graines. Voilà une activité bien dans la lignée des textes qui vont suivre puisque le thème du jour est « Graines, gousses, épis, etc. »

Bonnes lectures à tous !

 

(Monique MERABET)

 

 

 

 

 

Par Monique MERABET - Publié dans : GRAINES
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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 00:45

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Graines et grains… de haïku

(Anick BAULARD)

 

 

 

La monnaie du pape

recèle en sa transparence

des graines d’été

Les grains de  sésame 

saupoudrent le petit pain -

Trésor en instance ?

La langue s’agace

au chapelet de grains d’ambre

du sucre candi

D’ocre et de cristal

le sablier toujours sème

les graines du temps

Epine, sang perlé…

Sa peau avait pris le goût

d’un grain de groseille

Un seul grain de riz

et s’ouvrent des horizons

de paille et de jonques

Le vent de l’automne

a semé sur le jardin

des graines de rouille

La première neige

pose sur la queue du merle

un grain de gros sel

Parapluie gisant

dans l’escalier du grenier :

Promesse de « grain »

Tic tac le réveil

ensemence la nuit brune

de graines d’aurores

Au ras des volets

le soleil de juin s’émiette –

Graines de paresse

La première fraise

sème à ma lèvre les grains

de rouges étés

La pomme d’arrosoir

pleuvine au soleil de juin –

Graines d’arc-en-ciel

 

 

 

 

 

Par Monique MERABET - Publié dans : GRAINES
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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 00:03

bord-de-mer18.JPG

 

 

 

Graines, pousses et épis.

 

Qui ne se souvient d’avoir entendu dans son enfance des phrases du genre : « Avale pas le grain-là, sinon li va pousse dans out’ ventre ! » Notre esprit enfantin est un temps préoccupé par cette recommandation jusqu’au jour où on n’y croit plus comme au Père Noël. La pédagogie d’antan était loin de celle de Dolto.

Du plus loin que je me souvienne, mes premiers amusements commencent avec des graines de letchi. Après le plaisir de la bouche, celui des yeux et des doigts. Voilà donc  un grain de letchi dégarni de sa chair blanche, coupé en deux, muni d’un petit bois d’allumette  et que tonton Pierre d’un geste habile  fait tournoyer sur la table. Merveilleuse toupie ! Et mieux encore, il la fera tourner, tête en l’air, sur l’allumette qui sert de manche. Double surprise !

D’autres graines  ravissent mon enfance. Les épis de maïs tendres, grillés ou  bouillis, chauds, brûlent mes lèvres et me font malgré tout saliver. Les hommes en  ramènent des sacs à la maison et les déversent sur le sol pour les faire sécher. Plus tard arrive le moulin posé sur un goni. Un homme, Gérose Barivoitze, dispose ses jambes autour et d’une main agile fait tourner la meule tout en l’alimentant en grains. Un jour je m’y essaie et cela me fait grandir d’un cran.

Le jacquier lui non plus ne peut s’oublier. Ce gros fruit étrange m’offre ses gousses jaunes toutes collantes. Ses gros grains  ne sont pas à dédaigner. Maman les fait bouillir et c’est tout chaud qu’on les mange comme de bizarres petites pommes de terre. Leur digestion provoque des pets et chacun entre dans un concours à qui fera entendre ses trémolos ou ses arpèges.

Notre alimentation repose sur les grains qui accompagnent le riz. Pois du Cap, haricots rouges ou jaunes, vouèmes. Ces derniers s’agitent sur un petit arbuste et l’on est plusieurs à les ramasser, puis à les écosser. Quel bonheur de les déguster avec une viande et du riz, et dans nos conversations ne plane aucun souci des pesticides. Rajoutons à cela un petit rougail de margoses et souvenons-nous du dicton créole : « margozes lé amer, le grain lé doux ! » Justement méfions-nous des apparences car les graines sont comme les hommes. Tailles, couleurs et formes diffèrent : petits ou  gros, ronds ou  minces, adorables ou  laids. Ne nous moquons pas les uns  des autres et souvenons-nous de  la parabole de Jésus qui nous apprend que la minuscule graine de sénevé peut devenir un arbre tel que « les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches ».

A déjeuner, cari-riz et grains ; à dîner cari-riz et brèdes, aux bonnes saveurs gustatives.

L’une d’elles m’a longtemps laissé perplexe à cause de sa prononciation créole et aussi de mon inculture botanique. Quelles graines donne l’amarante qui pousse comme mauvaise herbe dans nos champs de canne ? Et comment ne pas citer Roger Lavergne à ce propos : « A graines menues, les amarantes sont arrivées à la Réunion sans tambour ni trompette. Probablement accrochées à un reste de boue aux chaussures de tel ou tel voyageur, ses graines ont franchi les mers et les océans pour trouver asile en d’autres territoires fréquentés par les hommes. » Alors l’amarante, qui est-elle ? Eh bien, celle que nous appelons communément brède pariétaire. Vous voyez, vous salivez !

Au collège, que de fois ai-je entendu un de mes professeurs dire à tous : « Prenez-en de la graine ! » J’avais besoin du dictionnaire pour en comprendre le sens exact.

Si notre estomac  prise  grains de riz et autres graines, le caïamb lui apprécie grains de job ou de cascavelles pour enchanter nos oreilles au rythme du maloya, et nos forêts se peuplent des boules rouges des arbres de Noël, plantes envahissantes comme des pestes !

Les graines, quel bonheur de les voir, de les entendre ou de  les goûter tout au long de notre vie. La Terre nous les offre avec générosité et même les grains de sable des déserts en cachent, qui attendent une ondée pour germer et fleurir. Ceci nous rappelle que la vie est plus forte que tout. D’où vient-elle cette vie, de l’œuf ou de la poule, de la graine ou de la plante ? Voilà un mystère point encore dévoilé !

Mais si la graine a en général bonne presse, mieux vaut ne pas se faire traiter de « graine » car là le Créole se dresse sur ses ergots et lance à la cantonade : « Tienbo amoin sinon mi coque ali ! » On sent alors que les deux bougres, souvent avinés, ne mangent plus un grain de sel ensemble. Nos faits-divers  regorgent de « bourriques » qui finissent aux Assises. Encore un mot sur la bourrique et un de ses organes en particulier, celui que le macho envie : la graine de bourrique… qui le laisse, paraît-il, rêveur.

Mais laissons là nos âneries et rêvons aux créations de l’artiste quelque peu génial à partir des graines de filaos : il saura en faire des colliers ou des boucles d’oreilles. La femme  coquette en  portera si elle aime les mondanités. Oubliées les punitions des enfants agenouillés sur un tas de grains de filaos. Un jour visitant Maurice, je découvre l’hôtel« Casuarina ». Cette enseigne me frappe et je découvre que casuarina n’est que le  nom scientifique du filao qui vient rappeler aux touristes de l’île que le filao est le roi de la plage.

Devenu enseignant, combien de fois ai-je utilisé les magnifiques planches de Roussin pour montrer les plantes et les graines qu’il a vues autour de lui. Le café par exemple   fait la richesse des planteurs de l’île au XVIIIe siècle. Ses petites graines qu’on torréfie nous tonifient.

Promenons-nous au bord de la mer et ramassons ces graines de vacoa aux couleurs du drapeau italien. Etranges, n’est-ce pas ? Mais en vieillissant elles deviennent toutes grises. La beauté est passagère, nous dit le sage. Mais faut-il la cacher comme ces filles au tchador triste ?

Je suis à la retraite aujourd’hui et ma vie se déroule sans trop de pépins depuis toujours. J’ai le bonheur de masser de temps à autre tel ou telle avec de l’huile de pépins de raisin. Le rêve de chacun ou chacune : retrouver une peau d’enfant. La peau nue de l’enfance qui s’offre au soleil.

Et puisque je parle d’enfance, je termine par un exercice qui amuse mon petit-fils mais aussi  les grands enfants que nous sommes :

 

« Dis-moi gros gras grand grain d’orge,

Quand te dégros-gras-grand-grain d’orgeras-tu ?

Je me dégros-gras-grand-grain d’orgerai

Quand tous les gros gras grands grains d’orge

Se dégros-gras-grand-grain d’orgeront. »

 

Fontaine Christian {17h41, vendredi 25 mars 2011}

 

Par Monique MERABET - Publié dans : GRAINES
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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 00:02

crossandra2.JPG

 

 

LES ÉPIS DU CROSSANDRA

(Monique MERABET)

 

 

 

Pendant longtemps, j’ai cru qu’un phénomène extra naturel se produisait lors de l’arrosage de mon petit jardin.

 

Mi aroz atèr

bann ti goute an poundiak

i grène sï mon figuîr

 

… une sorte de devinette –créole. Kosa in shoz ?

Ah ! ces gouttelettes de l’au-delà ! Combien d’interrogations m’ont traversé l’esprit pour tenter de percer à jour le mystère de leur origine.

La pluie ? Même s’il lui arrive de se montrer pleine de malice et que, parfois, un nuage crève en averse, juste à la fin de l’arrosage, je ne peux pas l’incriminer au cœur de la sécheresse.

 

In sièl blë konmsa

minm pa in ti guiguine trass

larkansièl

 

Á moins que le vent…

 

Tuyau d’arrosage

le vent soudain me rabat

un arc-en-ciel

 

Mais non, pas le vent non plus. Même en saison d’alizé, je n’arrose pas toujours vent debout.

Et pourquoi le phénomène aurait-il lieu toujours au même endroit, là où poussent ces petites fleurs orange qui essaiment un peu partout ?

Ces arbrisseaux, je les ai trouvés en emménageant dans cette maison de la rue d’Après et je me suis renseignée sur leur nom auprès du voisinage.

« Ces petites fleurs insignifiantes, il vaut mieux vous en débarrasser. Vous allez être envahie »,  m’a conseillé la voisine qui ne cultive que des orchidées… et des roses.

Moi je les ai gardées, naturellement, et je me réjouis de leur invasion. Elles colorent mes parterres tout au long de l’année.

 

Bann sézon i pass

lo ti flër tango

i klèr partou

 

L’invasion… Tiens ! Tiens ! Voilà qui donne à réfléchir. Et si c’était…

Les séances d’arrosage ont toujours constitué pour moi des moments de détente, d’observations aussi.

 

Arrosage -

les haïkus de jardin

à découvrir

 

C’est encore l’occasion d’approcher de plus près les mystères des plantes et des animaux.

 

Sous le combava

Voir naître sous mes yeux

le rose du trèfle

 

C’est ainsi que je les ai confondus…

 

Bombardement -

pris en flagrant délit

l’épi du crossandra

 

 J’en suis restée bouche bée. Ainsi cela venait de ces fleurettes orange sans prétention ! Merveilles cachées de la vie ordinaire des végétaux. Je me souviens de ce botaniste, Jean-Marie PELT  qui nous les faisait partager dans ses époustouflants documentaires à la télé. Il nous révélait les chemins de survie prises par les graines : portées par le vent pour les délicates ombelles des pissenlits, accrochées aux pattes des insectes, voire dans le bec des oiseaux pour les spécimens les plus volumineux, piments martins, forêts endémiques que nous devons aux perroquets, etc…

Et pour en revenir à mon jardin, l’ingéniosité des épis du crossandra. Lors d’une brusque élévation du taux d’humidité détectée par les racines, la plante juge qu’il y a un terrain favorable pour la germination et les épis se transforment en sarbacanes, ensemençant les alentours.

De quoi rêver.

 

Une autre aventure s’est offerte à moi quand j’ai voulu connaître le nom de cette espèce végétale. J’ai cherché dans des livres de jardinage : rien ! Aucun jardinier expérimenté ne se donne la peine de planter « ça » apparemment. Quant à mon entourage ! La fantaisie créole est plus encline à baptiser les fleurs de façon imagée (« chevrette » m’a-t-on répondu, sans doute à cause des épis) que de suivre une lignée botanique scientifique.

 

Ti non gaté

oté ! Bann flër mon jardin

i koz pa an latin

 

Alors je me suis adressée à une pro… au marché du vendredi.

 

Etal de plantes

en frôlant une corolle

hurlement

 

Ce cri… C’est la vendeuse qui l’a poussé. Son précieux plant à quinze euros, faut pas toucher !

Je voulais juste le nom de la plante : j’ai déchiffré crossandra sur l’étiquette.

Je me suis exclamée :

 - Oh ! J’ai le même chez moi.

La vendeuse prit un air condescendant :

 - Ça m’étonnerait ! C’est une plante double qui vient de…

J’ai oublié le nom du prestigieux pays d’origine de la gouyav de France. C’est vrai, en y regardant mieux, les pétales étaient plus fournis…

Je lui ai tourné le dos, sans regrets, me disant que j’aimais autant la simplicité de mes petites fleurs orange qui, elles, au moins, fournissaient des graines capables de germer et capables de choisir le moment adéquat pour le faire..

 

Par Monique MERABET - Publié dans : GRAINES
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Samedi 2 avril 2011 6 02 /04 /Avr /2011 00:53

 

job1.JPG

 

 

Graines interdites

(Rosemay NIVARD)

Graines de Job
Nées non loin des rivières
Interdites à la maison
Peur de la maladie ?
Peur des bubons ?
Des miasmes venus d’ailleurs
Porte malheur
Dunes Job
Mauves pales délicates
Ongle peint d’une fine damoiselle
Portant des rivières
Bâton de pluie
Collier de misère
Pauvre Job
Interdit




 

Par Monique MERABET - Publié dans : GRAINES
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