Renku-solo de printemps

Publié le par Monique MERABET

RENKU ZÉPHYRIN

(en avant-propos au renku-solo de printemps)

 

 

 

Renku-solo, c’est une amie haijin qui a eu la même idée que moi, qui me souffle le mot. Cela convient mieux que la « chaîne-haïku » de mon cru.

Le principe est donc de composer un renku en faisant soi-même les questions et les réponses. Pas facile puisqu’à ne compter que sur ses propres ressentis, on finit par avoir l’imaginaire qui fait du sur-place et l’écriture prend l’allure d’un pensum parfois.

Est-ce par masochisme, alors, que je me livre à nouveau à cette expérience ? Nullement ! Si je réitère, c’est que tout travail d’écriture porte en lui richesse et découverte ; c’est aussi une manière de franchir la barrière des limites que l’on s’impose… Et puis, j’ai baptisé mon premier renku-solo du qualificatif « d’hiver » et, comme chacun sait, le printemps suit l’hiver.

Aujourd’hui, donc, j’ai décidé de faire le point sur ce renku de printemps, de commencer à assembler quelques pièces éparses griffonnées dans mon cahier du jour.

 

Grise au vent d’Octobre

une grosse tourterelle

fait bouffer ses plumes

 

chercher l’humble violette

première au printemps d’ici

 

Aujourd’hui, où paradoxalement, l’hiver semble de retour avec ce vent d’octobre auquel je ne m’attendais plus. Il fait même plus frais, c’est indéniable : la nuit surtout.

L’année dernière, à la même époque, je préparais ma « parenthèse d’automne » vers les contrées nordiques des vrais automnes et des ciels plus doux. Mais, n’empruntons pas les chemins de nostalgie. Le printemps, c’est ici et maintenant.

En abordant ce deuxième renku, je sens, comme pour le premier que je pénètre dans un monde différent de celui de mes libres haïkus coutumiers. Écrire au rythme 5/7/5 (que je me suis librement imposé) c’est accepter que le fond soit lui-même modifié. Habituellement, j’ai toujours peur de laisser trop peu d’espace à la respiration, à l’envol vers un autre imaginaire ; pour un peu je trouve que dix-sept syllabes, c’est trop long…

En adoptant un comptage régulier, trente-et-une syllabes à chaque fois, l’expression devient moins spontanée, plus travaillée. Plus complexe et plus « pleine » aussi.

Quant aux associations d’idées qui pourraient sembler un peu « coq à l’âne » et incohérents de prime abord, je me suis habituée à la subtile ténuité du fil qui relie entre eux tercets et distiques.

J’ai d’ailleurs participé dans le dernier numéro de l’AFAH (9) http://letroitchemin.wifeo.com à un « haïbun lié » écrit à plusieurs voix. Sa  continuité un peu étrange qui mêle les imaginaires contrastés des différents participants, ne manque cependant pas de charme. Cette forme d’écriture permet un maximum d’ouverture à la pensée du lecteur qui rebondit à chaque changement d’aiguillage. Un voyage littéraire à surprises où le lecteur-passager peut faire une halte à chaque final pour y inclure sa propre histoire.

Holà ! N’aurais-je pas l’idée saugrenue, le projet fol de composer un haïbun lié à moi toute seule ? Qui sait…

Voilà qui me rappelle ces parties de carte en solitaire : pas une réussite, non ! Mais une sorte de « belote ouverte » (jeu qui se joue à deux joueurs) avec notre ami Zéphyrin.

Zéphyrin, c’est ainsi que ma sœur et moi avions baptisé ce partenaire imaginaire de la belote solo. Vais-je renommer mon renku solo en renku à Zéphyrin ? Ce serait mignon, non ?

 

Jardin de Saint-Denis

le parfum sucré des longoz

seule à m’en souvenir

(publié dans « 3 feuilles sur la treille », Éditions Liroli)

 

(Monique MERABET, 4 Octobre 2013)

 

 

Renku-solo de printemps

Publié dans Poésie de l'instant

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Danièle 11/10/2013 12:59

Le renku, en solo ou à plusieurs, est un exercice d'écriture passionnant. J'aime la liberté (sous contraintes tout de même !) qu'il offre, procurant à l'imaginaire des espaces inattendus à explorer. L'expérimentation du haïbun lié m'a beaucoup plu. Sans doute faudra-t-il ajouter peu à peu d'autres contraintes que le seul lien d'un développement à un autre. Tout reste à inventer et c'est simplement réjouissant.

Monika 09/10/2013 17:00

Cette réflexion à propos de la liberté me rappelle cette parole de Gilles Vigneault (Entretien avec Hélène Pednault, à la radio de Radio-Canada, décembre 1996): "La liberté, ce n'est qu'un choix de chaînes - nous serons toujours liés".

Quant au renku - j'avoue humblement que pour moi, son essence se trouve dans l'essor crée par les interactions entre les différents joueurs. Elles aident à éviter l'écueil de "tourner en rond" - tout comme l'imposition des thèmes et du passage d'une saison à l'autre, qu'on trouve dans le renku traditionnel japonais. C'est exigeant, mais c'est en même temps un défi très stimulant.

Monique 10/10/2013 08:39

Tout à fait d'accord avec toi, Monika: un renku doit se faire à plusieurs... Malheureusement pour moi, je me trouve un peu isolée sur mes sentiers haïkisants et je me suis dit pourquoi me priver de ce "jeu" stimulant... Comme lorsque je m'ennuyais, petite fille, et ne trouvais personne pour une petite belote...

Marcel 09/10/2013 11:17

La liberté a toujours été source de progrès ; et souvent la contrainte librement consentie accélère cette liberté... non, ?

Monique 09/10/2013 15:23

Comme tu dis, Marcel! Nous sommes libres de nous imposer des contraintes