La fougère d'or
LE HAÏKU DE LA FOUGÈRE D’OR
Sécheresse
la fougère d’octobre joue
l’automne de France
Premiers regards matinaux : l’or d’une feuille jaunie me mène vers ces petites fougères d’or que l’on trouvait, accrochées aux remparts des ravines ; elles éblouissaient mes vagabondages des vacances lontan.
Retrouver la fougère d’or… cela pourrait être un jeu de piste pour haïku qui suggère, qui nous entraîne dans son sillage loin, loin… au cœur de notre mémoire, au cœur du monde, au cœur du temps.
Ce haïku, saurais-je jamais l’écrire ? Je le porte sans doute en moi, quelque part dans mon inconscient… je l’espère.
Sinon, pourquoi écrire des haïkus ? S’il n’y avait au bout des trois lignes – parfois laborieusement ahanées – une légèreté, une grâce… que l’on n’atteindra peut-être jamais mais qui demeure un possible port vers lequel nous voguons. Toujours plus haut, toujours plus beau.
Écrire un haïku et déserter chaque fois les sentiers balisés, se lancer vers les sous-bois impénétrables, à la poursuite de la fougère d’or de ce petit quelque chose qui fera battre le cœur autrement, plus intensément… plus sereinement aussi.
La plante aux feuilles d’or se dérobera peut-être. Mais qu’il est beau le chemin qui conduit vers elle… Là, à hauteur de mes mains d’enfant qui cueillent la fleur de longoz, tout à côté. Et la saveur sucrée qui monte à mes lèvres dans ce composite présent rémanent.
Toujours remettre en question ce que l’on croit savoir, ce que l’on croit posséder… la laide certitude. Ne rien garder enserré dans ces moules rigides, laisser déborder l’écume de l’instant.
Ne pas juger les chemins insolites des autres. Accepter de les suivre, d’y glaner un peu de ses trésors, voir affleurer de soi, une image oubliée, une réminiscence…
La poésie est toujours recommencement, tendue vers l’illumination d’un peu de poussière d’or au vert d’une humble fougère.
Je ne suis pas sûre de savoir l’écrire ce haïku, de savoir décoller de mon ressenti pour rejoindre le rêve évanescent d’un autre chercheur d’or.
Mais qu’importent mes tentatives maladroites ! Ce que je sais c’est que toute cette journée, je laisserai vavanguer dans mes pensées, dans mon cœur, une si jolie petite fougère d’or.
Fleur que je ne sais nommer
cela me va d’être
poète inconnue
(Monique MERABET, 22 Octobre 2013)
