La fougère d'or

Publié le par Monique MERABET

La fougère d'or

LE HAÏKU DE LA FOUGÈRE D’OR

 

 

 

Sécheresse

la fougère d’octobre joue

l’automne de France

 

Premiers regards matinaux : l’or d’une feuille jaunie me mène vers ces petites fougères d’or que l’on trouvait, accrochées aux remparts des ravines ; elles éblouissaient mes vagabondages des vacances lontan.

Retrouver la fougère d’or… cela pourrait être un jeu de piste pour haïku qui suggère, qui nous entraîne dans son sillage loin, loin… au cœur de notre mémoire, au cœur du monde, au cœur du temps.

Ce haïku, saurais-je jamais l’écrire ? Je le porte sans doute en moi, quelque part dans mon inconscient… je l’espère.

Sinon, pourquoi écrire des haïkus ? S’il n’y avait au bout des trois lignes – parfois laborieusement ahanées – une légèreté, une grâce… que l’on n’atteindra peut-être jamais mais qui demeure un possible port vers lequel nous voguons. Toujours plus haut, toujours plus beau.

Écrire un haïku et déserter chaque fois les sentiers balisés, se lancer vers les sous-bois impénétrables, à la poursuite de la fougère d’or de ce petit quelque chose qui fera battre le cœur autrement, plus intensément… plus sereinement aussi.

La plante aux feuilles d’or se dérobera peut-être. Mais qu’il est beau le chemin qui conduit vers elle… Là, à hauteur de mes mains d’enfant qui cueillent la fleur de longoz, tout à côté. Et la saveur sucrée qui monte à mes lèvres dans ce composite présent rémanent.

Toujours remettre en question ce que l’on croit savoir, ce que l’on croit posséder… la laide certitude. Ne rien garder enserré dans ces moules rigides, laisser déborder l’écume de l’instant.

Ne pas juger les chemins insolites des autres. Accepter de les suivre, d’y glaner un peu de ses trésors, voir affleurer de soi, une image oubliée, une réminiscence…

La poésie est toujours recommencement, tendue vers l’illumination d’un peu de poussière d’or au vert d’une humble fougère.

Je ne suis pas sûre de savoir l’écrire ce haïku, de savoir décoller de mon ressenti pour rejoindre le rêve évanescent d’un autre chercheur d’or.

Mais qu’importent mes tentatives maladroites ! Ce que je sais c’est que toute cette journée, je laisserai vavanguer dans mes pensées, dans mon cœur, une si jolie petite fougère d’or.

 

Fleur que je ne sais nommer

cela me va d’être

poète inconnue

 

(Monique MERABET, 22 Octobre 2013)

Publié dans Haïbuns

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M
C'est drôle, le jour où tu es partie en quête de ta fougère d'or, le 22 octobre, je suis partie dormir dans les bras d'un chêne, dans une cabane perchée. Ce chêne et cette cabane se trouvaient dans le parc d'un château du Médoc empli de ... fougères. De toutes les couleurs à ce moment-là. Il y en avait certaines qui étaient encore un peu vertes, d'autres qui commençaient à dorer, certaines ambrées et d'autres chocolat. Moi aussi je les aime bien les fougères, j'en ai deux pieds, différents, dans la "pouponnière" de mon jardin.
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D
Quand j'irai me promener en forêt, je ne pourrai pas m'empêcher de penser à ta charmante fougère d'or, Monique ! En Nouvelle Zélande, c'est la fougère argentée qui inspire les conteurs. Dans tous les cas, la fougère est symbole de vie. Pas étonnant qu'elle attire les poètes !
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M
... ceux de mon enfance, ce serait plus correct. mais pour une fois, le féminin l'emporte sur le masculin.
M
Je te souhaite de dénicher la fougère d'or, Danièle, lors de tes balades. mais la mienne a vraiment un goût, un parfum, une couleur particulières, celles de mon enfance.
M
D'abord, superbe, cette photo de la fougère d'or !<br /> Et puis, ce que tu écris de cette quête de &quot;la fougère d'or&quot;, ça me rappelle beaucoup cette quête de la Blaue Blume (fleur bleue) de la Romantik allemande - elle était le symbole de l'amour et de l'aspiration à l'infini.
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M
Merci pour ton commentaire, Monika. Je ne connaissais pas l'origine allemande de cette expression &quot;être fleur bleue&quot;. Mais alors que pour les allemands, la fleur bleue symbolise la poésie (et ma fougère d'or lui correspond bien), en Français, il s'agit plutôt d'un sentimentalisme naïf, un peu mièvre. <br /> Le plus surprenant, c'est que j'ai écrit il y a quelques années, un petit conte qui évoque la quête d'un jeune troubadour et qui mène vers la poésie