Inspiration moucheronne
INSPIRATION MOUCHERONNE
Décrire le passage en haïkus. Passage du jour à la nuit, raccourci de la nuit au jour. Une saison entière pour passer le temps ou un jour d’équinoxe ou de solstice qui fait changer de saison.
Et pourquoi pas, le glissement d’un instant à un autre, chacun d’eux incluant un ici et maintenant unique.
Passage du soleil à l’ombre, de la chaleur de la vie à la froidure de la mort. Passages d’oiseaux qu’on ne voit pas.
Matin d’octobre
prendre le temps d’écouter
le manguier
Prendre le temps de suivre les va-et-vient des moucherons sur cette mangue coupée hier. Dialogue en langue des signes, les leurs… moi je me contente d’observer. Et d’écrire, mes signes à moi.
Noyau de mangue
calligraphie fluctuante
des moucherons
Photographie séquence après séquence. Ils disent… ils disent : points et lignes, une géométrie brownienne. C’est un peu comme observer les fourmis. Mais si les insectes terrestres mènent une activité structurée, les mouches semblent voleter un parcours aléatoire, sans objectif — sauf celui de s’accoupler ? — n’hésitant pas à effacer leur écriture d’un envol soudain.
Tiens ! Le fruit coupé figure presque une carte de la Réunion et les moucherons disposés à la périphérie comme nos villes littorales aux noms de saints. Un monde qui se construit petit à petit.
Pour ma part, me voilà au bout de mon inspiration moucheronne, sans autre résultat tangible que la création de cet adjectif que me refuserait mon traitement de textes s’il était capable de détecter que je l’emploie comme adjectif.
Allez, ciao les petites bêtes ! Je m’en vais photographier les crocus jumeaux qui m’attendent au bord de la jardinière.
(13 octobre 2018)