Le margosier hier
LE MARGOSIER HIER
Le margosier hier
encore fleuri – le bulbul
cherche ses branches
Sans les feuilles de l’avocatier pour horizon, mon café n’a pas le même goût. Perdre l’arbre et son ombre, gagner un boisseau supplémentaire d’ombres-feuilles pitaclant le carrelage fragmenté de l’allée directement sous le réverbère : corollaires d’élagage.
Je n’en ressens souvent que le côté négatif. Me retrouver seule et nue, comme après une disparition, quand se dissipent l’écho d’un rire, l’empreinte d’un pas.
Que reste-t-il d’un jardin après élagage, sinon l’attente de nouveaux rameaux, de nouvelles fleurs ?
Bruit de tronçonneuse
les oiseaux reconnaissent-ils
mon jardin dénudé ?
J’espère — Oh ! J’espère… — qu’il n’y avait pas encore de nids !
Première image du jour : sous un lambeau de lune nuage, les ébats des moineaux. Le mâle sautille, volette, se rapproche ; la femelle fait mine d’attendre, jette à bas du fil le prétendant. Pas à son goût ? Le vol de rattrapage de l’éconduit finit sur mon balcon. Dépité, déconfit, prêt à recommencer ? Roméo et Juliette, la scène du balcon…
C’est souvent tôt le matin que les couples d’oiseaux se cherchent, s’attrapent.
Jardin éclairci
trois graines de cotonnier
serrées dans ma main
Il faut maintenant avoir la foi, croire en une semence qui lève, en un bel arbre qui s’élèvera, croire aux feuilles reverdissant ces troncs laissés comme poteaux lisses et nus, totems.
(30 octobre 2018)
Catégorie: Correspondances