NaHaiWriMo 2023 (III)

Publié le par Monique MERABET

NaHaiWriMo 2023 (III)

7 février : APRÈS-MIDI

 

 

Après-midi : mot simple et banal, un peu vague et qui n’inspire pas beaucoup. J’ai raturé, jeté, modifié, encore et encore avant de mettre en place quelques après-midi d’été aussi brûlant à Saint-Denis qu’à Assouan

 

L’été en Haute-Égypte

nos après-midi confinés

sous ventilos

 

Marché d’Assouan

Les sacs d’indigo sommeillent

tout l’après-midi

 

À l’instar des marchands réfugiés à l’intérieur. Les affaires ne reprendront que dans la fraîcheur (relative) du soir qui tombe.

Un peu la même ambiance chez moi à Saint-Denis de la Réunion ;

 

l’orage trop loin

un long après-midi

à espérer l’ondée

 

Et puis s’assoupir dans la rêverie…

Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe…

 

Convalescence

songeries d’après-midi

sa vie à revoir

 

… à moins que l’on ne s’ennuie aux heures chaudes des vacances où il nous était interdit de sortir vavanguer dans les champs environnants.

 

Tous mes livres lus

l’après-midi à compter

mouches sur la vitre

 

 

 

8 février : 4 H DU MATIN

 

 

Insomnie de 4 h

oublier mon cauchemar

dans un haïku

 

4 h du matin : l’heure redoutée du sommeil qui se met en panne, sans savoir pour combien de temps et si on va pouvoir se rendormir avant la stridence d’un radioréveil.

Insomnie qu’on peut rendre délicieuse et féconde en se laissant immerger dans le silence profond de la nuit, en acceptant les multiples bruits diffus, aussi légers qu’une respiration ou qu’un battement de cœur.

 

Réveil à 4 h

sans me soucier de la lune

j’écoute la pluie

 

Mais j’ai la chance de pouvoir paresser sous la couette, sans l’obligation de me presser de m’habiller pour me rendre au travail. Ce n’est pas le cas de tous…

4 h du matin, souvent, avant l’aube qui blanchit la campagne, alors que s’aperçoit encore dans le ciel, Vénus, Véli, Zétoil katrèr que connaissent bien les lève-tôt par nécessité. Je songe aux anciens, esclaves ou journaliers, coupeurs de canne, ouvriers, etc.

 

Zétoil katrèr

sans clocher ni montre

réveil dans la nuit froide

 

Et ce poème d’Auguste Lacaussade, Les travailleurs, évoquant la journée de dur labeur des esclaves sous la férule du shabouk d’un commandeur, m’a inspiré :

 

La nuit de l’esclave

finit avec Véli

mais entends-tu la cloche…

(la dernière ligne est le début du poème de Lacaussade)

 

 

 

9 février : MIDI

 

Midi : le milieu du jour, heure médiane (autant d’heures de travail avant qu’après). Pause bienvenue pour déjeuner d’un en-cas, d’un sandwich, d’une barquette…

 

Douze coups au clocher

la file s’allonge

devant le fast food chinois

 

autrefois les écoliers, les apprentis, sortaient leur gamelle.

 

Trop loin de chez soi

sardine et purée

à réchauffer au bistro

 

Et retour à mon enfance, l’école à deux pas de la maison où la table était mise dans la petite salle-à-manger… dès 11 h

 

L’école autrefois

sonnait midi à 11 h

le kari sur la table

 

Midi, roi des étés étendu sur la plaine… écrivait Leconte de Lisle, et encore : la terre est assoupie dans sa robe de feu. Février, été austral.

 

Repas de midi

sous la véranda chatons

 squattant mon fauteuil*

 

*aux allures de méridienne

 

 

Midi : c’est aussi le Sud de la France nous fait-on observer, une histoire de bout de méridien d’un monde occidental qui se retrouve tronqué, arrêté à la Méditerranée. Et nous, île française au Sud du Sud, hémisphère austral, nous ne comptons guère à l’aune des kigos nombrilistes de la Métropole.

 

Accent créole

Le sud au-delà

du midi de Marseille

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D
Beau tour d'horizon, Monique. Tu sais si bien faire résonner les "mots du jour".
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