NAHAIWRIMO 2023 (VIII)
22 février : MINUIT
Mon rêve oublié
la lune de Minuit
bouche cousue
Minuit est l’heure intime du sommeil dont il ne reste — heureusement — rien à raconter au réveil
J’ai d’ailleurs peu de souvenirs marquants de cette heure de bascule… sinon des rares fois où la soirée se prolonge (plus ou moins) volontairement.
Une page
puis encore une autre
minuit passe
Même l’horloge de la maison de mon enfance n’a pas réussi à me réveiller minuit. Elle a eu beau sonner toutes les heures… il n’est pire sourd que celui qui dort !
Changement de date
en catimini
douze égale zéro ?
D’une année à l’autre
les douze coups brouillés
par les pétards
Et aujourd’hui, les réveils autour de minuit sont plutôt angoissants.
L’écran du réveil
0 : 00
me rendormirai-je ?
Maison silencieuse
seule à veiller
avec le moustique
Le visiteur indélicat, ma bataille dans le noir. Combat dont je sors parfois gagnante, preuves à l’appui…
Tache rouge au drap
dans l’arène du lit
mise à mort à Minuit
Ah ! Le crime de minuit ne paie pas. Au matin, le châtiment.
Lèv an si bémol
akoz in moustik an bok
an plin kèr la nuite
Mal réveillée
à cause de ce moustique
démon de minuit
23 février : MATIN
NaHaiWriMo
passer de minuit au matin
ah, j’ai bien dormi !
Mes haïkus sont remplis de matins qui se déclinent : aube, aurore, premiers rayons, lever, granmatin (variante créole du… petit matin français), point du jour, levant, etc.
Rien d’étonnant à cela. Le café matinal est moment béni — enfin, parfois — d’écriture.
Alors me vient l’idée un peu folle de livrer un florilège de ces tercets matinaux, voire matutinaux.
Hélas ! Je suis réellement « faneuse » de haïkus, faner étant à prendre au sens créole de disperser… Mes poèmes s’éparpillent en haïbuns sur mon blog ou laissent traces dans quelques recueils collectifs. En faire une rétrospective, je n’aurai pas le temps, pas le temps.
Bleu du ciel
d’un matin de février
bleu des liserons
Et puis ce matin de février — 23/02/23, date palindrome ! — est si pétillant qu’il serait impardonnable de ne pas lui dédier quelques tercets nouveaux, la touche personnelle d’un jour d’été austral.
Fraîcheur du matin
avant que ne meurent
les belles de nuit
Au lever j’ai mis
léger châle à mes épaules
goût d’arrière-saison ?
Sa cour bétonnée
il balaie granmatin
les fleurs du voisin
Depuis le cyclone
chaque matin plus inclinée
la fleur du canna
24 février : L’APÉRO
L’heure de l’apéro, dit le NaHaiWriMo. Je ne sais pas sous quel fuseau horaire se décide le thème du jour. Il m’arrive, Saint-Denis de la Réunion, Hémisphère sud, à l’heure de ma première gorgée de café du matin.
Ah ! Tout au long de ce mois de février, il est parfois difficile de s’adapter au karisoudri des repas pris cul par-dessus tête au gré d’une fantaisiste révision du cours du temps…
Et puis l’apéro, je n’en consomme pas régulièrement, qu’il soit avec ou sans alcool.
Tit punch maison
remplacer le deuxième
par jus de letchi
Et, ma foi, c’est à se demander lakèl i aranj miè la boush…
Pétillant dans le verre
vrai ou faux champagne
les bulles… essentielles
In koupe shampagne
na lalkol… na poin …
bul an poundiak pou fé pété
L’apéro face aux pitons
nos seuls éléphants roses
nuages du couchant
Restons dans la sobriété, donc ! Sans succomber aux chants des sirènes publicitaires :
Pub pour apéros
L’abus d’alcool gnagnagna
Loi Evin – et vin ?
Palinodies de notre siècle consumériste. Le consommateur écartelé : boire (pour faire marcher le commerce) ou ne pas boire (pour la santé)
Je réécoute la chanson des Quatre Barbus, « L’alcool » sur une musique de Liszt.
Si malgré c’qu’on vient d’vous dire
Vous désirez avant d’partir
Prendre encore un p’tit verre au bar
Il n’est certainement pas trop tard…
/image%2F0790139%2F20230225%2Fob_7751f3_20230222-070012.jpg)